Amiens et ses entre-deux

C'est un petit cours de gymnastique oculaire auquel je vous invite aujourd'hui. Entre ciel et terre. À Amiens, naturellement, vos yeux seront attirés par les montagnes. La cathédrale, d'abord, l'une des plus vastes du monde. Auguste Rodin, qui n'était pas un gamin en matière d'esthètes, disait ceci à propos de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens : « Point de confusion vaine, ici, point d'exagération ni d'enflure, c'est l'empire absolu de l'élégance suprême ». Je vous recommande notamment d'aller traîner vos yeux quand l'empire est sous l'emprise des lumières de la nuit.

Les yeux en l'air, vous verrez aussi la Tour Perret. Logiquement construit par un certain Perret, ce bâtiment fut un temps la plus haute tour d'habitation d'Europe de l'ouest. Je vous parle d'un temps d'avant que les Parisiens viennent se la péter avec leur Montparnasse.

Sans baisser la garde ni les bras, baissez encore un chouïa vos mirettes. Vous voyez cette petite tour en briques rouges, rue Charles-Dubois, chapeautée d'un machin en fer genre observatoire ? C'est la maison de Jules Verne, lequel Jules ne passa pas sa vie à dire et écrire, il écoutait aussi. Sa femme ! Et je peux vous dire qu'il filait doux, l'aventurier. Il vécut dans cette maison pendant près de vingt ans, non sans avoir assuré que sa bergère n'y était pas pour rien : « Sur le désir de ma femme, je me fixe à Amiens, ville sage, policée, d'humeur égale, la société y est cordiale et lettrée. On est près de Paris, assez pour en avoir le reflet, sans le bruit insupportable et l'agitation stérile ». Mon père ne m'aurait pas filé des coups de pied aux fesses pour que je lise Jules Verne, j'aurais dit « Jules Verne ? Jules Verne ? C'était'y pas le gars qu'était attaché de presse de la ville d'Amiens ? ».

Des preuves d'amour

Elles l'ont bien mérité, il s'agit maintenant d'offrir à vos lunettes, à vos lentilles, à vos pupilles, une marque de remerciement. Un petit tour de manège, par exemple. Un carrousel à leur donner le tournis, s'activant de bas en haut, de droite à gauche. Foncez aux hortillonnages d'Amiens ! Ce n'est pas que je veux me la couler douce, mais, premièrement, j'ai largement dépassé le nombre de signes qui m'est généreusement offert par Adrien, gestionnaire de ce blog dont vous ne pourrez bientôt plus vous passer. Deuxièmement, les hortillonnages et leur festival « Art, villes et paysage », c'est un lieu, un moment qu'il faut absolument que vous découvriez par vous-même. En quelques mots, disons que ce n'est pas qu'une manifestation d’œuvres, c'est un rassemblement de frontières, un merveilleux festival d'entre-deux ; entre culture et agriculture, entre réalités et contes, entre ville et campagne, entre terre et eau. Entre nous, entrez-y vite, ne le manquez pas.

Pour conclure, voici une citation de mes yeux (qu'un certain Pierre Reverdy a reprise plus tard) : « Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour ». C'est pour ça que je les emmène en balade tous les jours. J'y tiens, à mes yeux. Comme à la prunelle de mes yeux. Vous voyez ce que je veux dire...

Photo : Agence Arktik

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