Clermont-Ferrand et son goût de la résistance

Quand vous arrivez à Clermont-Ferrand, allez directement Place de Jaude, sans passer par la case Michelin (on ira après), postez-vous près de la statue de Vercingétorix, regardez en direction du manège.

Vous êtes prêts ? Là, vous avez à portée d’yeux deux grands monuments français. À votre droite, le Puy-de-Dôme, auquel j’ai décidé de ne coller aucun superlatif, ni même d’adjectif, vous ferez votre choix. Et il y a du choix. Stendhal disait ceci, qui suffit à notre plaisir, de ce volcan et de la ville de Clermont-Ferrand : « La vue que l’on a du Puy‑de‑Dôme, à deux lieues de la ville, élève l’imagination ». Faisant totalement confiance à ce grand chasseur de bonheurs, de surcroît Grenoblois et donc grand connaisseur de montagnes, je ne suis pas allé sur le Puy-de-Dôme pour vérifier.

Je me suis offert une autre grimpette, sur le plateau de Gergovie, à quelques kilomètres de la ville. C’est là, comme vous savez, que notre Astérix, le vrai, a foutu une raclée au rital, Jules César, quelques années avant que Jésus crie pour la première fois. En allant à Gergovie, vous passerez d’ailleurs par Chanonat, dont le maire – ça ne s’invente pas – s’appelle Charlemagne et dont le château est celui de l’ancien président de la République, l’Auvergnat Valéry Giscard d’Estaing. Notez la prouesse : en 15 minutes de balades, vous pouvez vous coltiner un gros, très gros, morceau de l’histoire de France.

Et si vous redescendez à Clermont-Ferrand, que vous regardez maintenant à gauche, vous en attraperez d’autres, de ces belles pages de notre livre. Notamment ce deuxième monument français (regardez maintenant à gauche) : La Montagne. Je vous parle du journal. Le bâtiment qui l’abrite – de couleur noire, because la pierre de lave – est imposant. Comme son histoire, qui croise les grandes épopées de la presse française. Alexandre Varenne, son fondateur et directeur, en 1943, avait sabordé son journal afin qu’il ne tombe pas aux mains de l’ennemi. Le fait est rare : La Montagne fut l’un des seuls journaux français (peut-être même le seul) à pouvoir reparaître dès la Libération sous son nom d’origine, parce qu’il n’avait pas collaboré.

Fournisseur officiel du client qui réfléchit avant d’acheter

Dans un tout autre genre de résistance, vous avez ici l’inusable pneu Michelin (numéro 1 mondial du pneumatique), dont la magnifique saga industrielle est née à Clermont (je vous recommande la visite du musée). Et puis vous avez Delpy. Je l’ai trouvé en me baladant dans les rues autour de la cathédrale. Ici, en quelques secondes, vous allez pouvoir frimer dans le prochain Guiness des records. Oui, oui, je vous le dis, c’est à Clermont-Ferrand que vous trouverez le régime alimentaire le plus speedy-gonzales de l’histoire de l’humanité et du slip de bain qui ne boudine pas. Vous passez de la place Lemaigre à la place des gras en une micro-seconde, résistant ainsi à toutes les idées reçues et loufoques sur les régimes prétendument coriaces.

Et donc le résistant Delpy. J’y viens. Rue des chaussetiers, vous verrez sa petite boutique marrante, unique, de matériels électro-ménagers. Ce commerçant est un résistant, un pionnier de la lutte contre l’obsolescence programmée. Il vous vend du matériel d’occasion et vous offre en prime quelques jolis conseils, frappés au coin – et aussi au milieu – du bon sens. Un peu comme Vercingétorix, grand amateur de boucliers indestructibles, notre commerçant de la rue des chaussetiers s’est autoproclamé « fournisseur officiel du client qui réfléchit avant d’acheter ». Ça existe…

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