Grenoble et ses géniales pissotières

Rien à voir avec les machins moches qu’on nous pond parfois sur quelques boulevards. Les pissotières grenobloises sont uniques en France, géniales, pratiques, gratuites, en forme de tour échauguette. Elles donnent – c’est Boris Vian qui le disait – « de la noblesse à celui qui officie ». Au centre de la ville, notamment cours Jean-Jaurès, vous pourrez encore dégoter une dizaine de ces vespasiennes de belle facture, auxquelles les Grenoblois sont très attachés.Dans les années 80, une tentative d’enlèvement de ces monuments pissotiers fut menée. Jusqu’au tollé quasi général.

Là n’est pas le seul aspect insolite de la « capitale des Alpes ». Il y a ici une manie, une sorte de tic, à vouloir tout faire avant les autres. Dès 1788, on sent le vent de la Révolution Française se lever du fond de la cuvette, laquelle est cernée par un quarteron de généreux massifs. La première société de secours mutuel française – pour les ouvriers gantiers – est fondée ici. Tout comme le premier planning familial de France.

Grenoble est un surprenant méli-mélo, où la culture du montagnard et du paysan cohabite gaiment avec le goût de la science et de la découverte.

L’amplitude thermique, l’une des plus gonflées de France, va comme un gant à ces Alpins qui ne rechignent pas à goûter les contraires. Une ville étonnante, je vous disais, qui compta Jacqueline Kennedy parmi ses étudiants, inventa le gratin dauphinois – bien que Gap revendique aussi la paternité -, fut le berceau du créateur du drôle de canard digérateur, et acclama, un soir de mars 1815, Napoléon revenant d’une balade à l’île d’Elbe. L’Empereur descend alors à l’Auberge des trois dauphins, rue Montorge, tenue par Toussaint Labarre, une connaissance. Il va y passer deux nuits et s’entretenir avec les corps constitués : la magistrature d’abord puis les membres de l’académie Delphinale. L’empereur fut emballé, il me semble. Je n’étais pas d’astreinte ce soir là, ni dans le secret des dieux, mais il me fut rapporté qu’il proclama ceci, ce qui, convenez-en, est très flatteur : « Jusqu’à Grenoble, j’étais aventurier. À Grenoble, j’étais prince ».

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Photo : Pierre Jayet

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