Chamonix, 1924

À quelques jours de l'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, on poursuit notre bonhomme de chemin (et de neige) dans l'histoire française des JO. Nous voici en 1924 à Chamonix. Les jeux démarrent sous le label « Semaine internationale des sports d'hiver » et deviennent, grâce à leur succès, les officiels « premiers Jeux Olympiques d'hiver ».

Les Scandinaves ont du pif

Lorsque commence à flotter l'idée qu'on pourrait faire des JO d'hiver, comme il en existe en été, les Scandinaves boudent. Ils voient dans cette proposition le risque que leurs célèbres Jeux nordiques prennent du plomb dans l'aile. Ils avaient du pif car les Jeux nordiques, nés en 1901, s'éteindront en 1926, après le succès de Chamonix de 1924.

Gérardmer, Luchon ou Chamonix ?

Au début de la compétition, le 24 janvier 1924, Chamonix n'accueille officiellement que la Semaine internationale des sports d'hiver, sorte de délocalisation, dans l'espace et dans le temps, des 8e Olympiades des temps modernes (prévues à Paris à partir de mai 1924). C'est ainsi que le choix de la ville organisatrice de cette semaine internationale s'opère uniquement parmi des villes françaises. Outre Chamonix, on trouve deux candidates, la Vosgienne Gérardmer et la Pyrénéenne Luchon. Elles seront retoquées pour cause de trop faible capacité hôtelière.

Un baron, un comte et un marquis

C'est une longue histoire que celle des JO de Chamonix. D'abord, il fallut imposer l'idée même de cette compétition d'hiver sous l'égide du CIO (Comité International Olympique). Le baron de Coubertin, fondateur des JO modernes, y est favorable, déclarant simplement « les jeux olympiques sont les jeux de tous les sports ». Il reçoit l'appui déterminant de deux Français, membres du CIO, le comte et avocat Justinien Clary et le marquis de Polignac, administrateur des Champagnes Pommery.

Les cheveux blancs du CIO

Rien ne sera simple dans l'avant JO. C'est en février 1923 que Chamonix est officiellement désignée mais les travaux pour accueillir l'événement ne démarrent qu'en mai... huit petits mois avant la compétition. De quoi fabriquer du cheveu blanc autour de la table du CIO. Les retards de travaux, dus à des problèmes techniques, obligent même le comité à menacer Chamonix d'un retrait des subventions, voire d'une suppression de la rencontre. Il n'en sera rien, le succès est bel et bien au rendez-vous. Même le prestigieux Times anglais réclame des félicitations pour le Comité international. Et c'est ainsi que la simple Semaine internationale des sports d'hiver de Chamonix est officiellement baptisée « premiers JO d'hiver ». Elle le sera de façon rétroactive, en 1925.

Concurrencer Davos

La candidature de Chamonix avait pour objectif de s'affirmer dans l'univers balbutiant des stations de sports d'hiver (à cette époque, seuls les sportifs aisés pouvaient se permettent des virées sur les pistes). Ainsi, Chamonix veut principalement concurrencer les stations suisses, notamment Davos, plus connue aujourd'hui pour son Forum économique mondial. La réussite des JO de la station de Haute-Savoie va logiquement faire naître des vocations en France.

La FFS créée dans la foulée

Elle va muscler la notoriété du ski. C'est à Chamonix, pendant les JO, le 2 février 1924 à l'Hôtel Majestic, qu'est fondée la Fédération internationale de ski. La Fédération française de ski suit sa grande soeur de près : la FFS naît le 15 octobre 1924, grâce notamment au ralliement des fédérations vosgienne, jurassienne et pyrénéenne. Jusqu'alors, seuls des clubs locaux étaient vraiment organisés, le plus ancien étant le Ski Club des Alpes.

Le ski alpin, seulement en 1936

A cette époque, le ski alpin n'est même pas une épreuve olympique, il n'apparaît qu'aux JO de 1936, demeurés célèbres pour d'autres raisons (car organisés par l'Allemagne nazie, à Garmisch-Partenkirchen, pour les jeux d'hiver, et à Berlin pour ceux de l'été) : on a tous en souvenir, de nos cours d'Histoire, l'évocation de l'athlète noir américain Jesse Owens, quadruple médaillé d'or, défiant Hitler et humiliant les coureurs allemands.

L'ancêtre militaire du biathlon

En 1924, seuls les sauts à ski et ski de fond sont au programme. Les autres épreuves intéressent les champions de bobsleigh, de hockey sur glace, de patinage, artistique et de vitesse, avec parmi les héros de la discipline le couple de Français, mariés sur la glace et dans le civil, Andrée Joly et Pierre Brunet (photo). On trouve même une étonnante épreuve de « course de la patrouille militaire », faite de ski de fond et de tir. L'ancêtre du biathlon.

Crédit Photo : Slate

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