Les pèlerins avant les touristes

La date du 11 novembre, commémorant l'armistice de la Première Guerre mondiale, reste synonyme d'un immense élan d'émotion et de manifestations d'attachement à la patrie. La France fleurit ses 40 000 monuments aux morts et se souvient de ses 1,7 million de compatriotes décédés entre 1914 et 1918 (au total, près de 19 millions de femmes, d'hommes et d'enfants ont péri pendant la « Grande guerre »).

Au-delà de cette journée, tous les grands conflits contemporains ont fondé, à travers des lieux très divers, ce qu'on appelle aujourd'hui le tourisme mémoriel. D'une certaine manière, ce sont les familles des victimes qui en sont les fondatrices, car dès les débuts de la paix retrouvée, dès la fin de l'année 1918, elles se rendent sur les champs de bataille et forment – sans le vouloir vraiment – des circuits de pèlerinage. Puis avec le temps, et la disparition des acteurs et témoins de la guerre, les touristes ont emprunté ces circuits et succédé aux pèlerins.

Leçons d'histoire en grand format

Le patrimoine mémoriel français est exceptionnel et ce sont près de 7 millions de visiteurs, Français et étrangers, qui se rendent chaque année sur un de ces théâtres de guerre, forts, citadelles, camps, champs de bataille, sépultures, etc, ou dans les musées dédiés à leur histoire. Un chiffre encourageant si l'on tient compte du fait que ces lieux représentent des leçons d'histoire en grand format ; la vision directe permet toujours de mieux comprendre ces époques terribles et tout ce qu'elles ont charrié, et charrient encore, de blessures et de souffrances ineffaçables. Souvent, ce sont aussi des lieux d'échanges et de réflexions, avec les victimes et leurs familles et avec des historiens.

Neuf hauts lieux de la mémoire nationale

Parmi ces milliers d'endroits, le ministère de la Défense, dans son action de promotion du tourisme mémoriel, en a baptisé neuf « hauts lieux de la mémoire nationale ». Ils répondent à des critères précis : « ils sont liés à la mémoire des conflits contemporains, depuis 1870 ; ils ont un caractère national et emblématique d'un aspect de ces conflits ; ils sont entretenus par le ministère de la Défense, ou sous sa responsabilité, afin de perpétuer la mémoire des conflits et de contribuer au renforcement du lien armée-nation ».

À Ablain Saint-Nazaire, dans le Nord Pas-de-Calais

Le village d'Ablain-Saint-Nazaire, entre Lens et Arras, dans le Nord-Pas-de-Calais, abrite l'un de ces neuf lieux (1) : la nécropole Notre-Dame de Lorette et, face à elle, l'anneau de la mémoire (photo). Créé en 2014, cet anneau est d'une architecture aussi surprenante qu'élégante. Sur ses parois sont gravés les noms et prénoms des 579 606 personnes décédées pendant la Première Guerre mondiale dans le Nord Pas-de-Calais. Elles le sont par ordre alphabétique et sans distinction de nationalités, de genres, de religions et de grades, « des hommes d'une quarantaine de nations réunis dans une sorte de fraternité posthume ».

(1) Les neuf hauts lieux de la mémoire nationale sont les suivants : la nécropole de Notre-Dame de Lorette (Pas-de-Calais) ; la nécropole de Fleury-devant-Douaumont et la tranchée des baïonnettes (Meuse) ; le Centre européen du résistant déporté (CERD) situé sur l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin) ; le Mont-Valérien : Mémorial de la France combattante et la clairière des fusillés (Hauts-de-Seine) ; le mémorial des martyrs de la Déportation (Paris) ; le mémorial de l'ancienne prison de Montluc (Rhône) ; le Mont-Faron : mémorial du débarquement allié de Provence (Var) ; le Mémorial des guerres en Indochine (Var) ; le Mémorial de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie (Paris).

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