Que diriez-vous d'une balade monumentale ?

C'est aujourd'hui le 11 novembre. On célèbre l'armistice ayant mis fin à la Première Guerre mondiale (1914/1918). C'est un moment de recueillement, de rassemblement, d'hommage aux victimes, autour des monuments aux morts. Ces monuments représentent aussi une très riche randonnée patrimoniale, mêlant l'histoire, le souvenir, l'architecture, la découverte d'un territoire et des anecdotes parfois étonnantes. Voici une petite balade à travers quelques régions de France.

Le plus grand musée de France, composé de 40 000 pièces parfois surprenantes

Il y a environ 40 000 monuments aux morts en France. Entre 1919 et 1924, on en inaugurait 15 par jour ! C'est vous dire l'immense richesse et diversité de ce musée éparpillé et à ciel ouvert. Si le tourisme de mémoire vous intéresse, quelle que soit la région que vous choisissez pour vos vacances, arrêtez-vous sur les monuments, ils vous parlent. C'est encore mieux si vous êtes en famille, avec vos enfants, c'est une façon de leur expliquer ces tranches de vie et d'histoire, à la fois tristes et glorieuses. Dans ce plus grand musée de France, il y a d'abord la collection des grandioses, majestueux monuments flanqués de tombes à perte de vue. Pour flâner et vous recueillir au cœur de ces atmosphères particulières, vous pouvez par exemple vous rendre à Ablain-Saint-Nazaire, dans le Pas-de-Calais. C'est la plus grande nécropole militaire de France, où reposent 45 000 soldats. Impressionnant aussi, l'ossuaire de Fleury-devant-Douaumont, près de Verdun dans la Meuse, avec son vaste monument qui s'élance vers le ciel. La plupart des monuments aux morts sont d'une seule couleur. Vous en trouvez tout de même des bariolés, avec des soldats qui semblent sortir d'une planche de BD, comme à Ville-en-Tardenois, dans la Marne. Tous les monuments n'arborent pas des soldats, on trouve de nombreux coqs, des couronnes, des palmes, des rameaux d'olivier, des casques, des canons, des gerbes de blé, celles-ci représentant « une jeunesse fauchée ». La gerbe de blé incarne aussi les civils, restés dans les villages pour travailler dans les champs ou les ateliers. Ils comptent aussi de nombreuses victimes. A Lodève, dans l'Hérault, le monument est composé de quatre femmes et deux enfants pleurant la perte d'un être aimé. Il en est de même à Guéméné-sur-Scorff, dans le Morbihan, où une femme et un enfant dominent le cœur de l'édifice. Ils sont en costume traditionnel ; d'autres monuments en France révèlent des thématiques régionales et parfois une sensibilité régionaliste. Au-delà du caractère mémoriel, certains monuments sont de véritables œuvres d'art, réalisées par de grands sculpteurs, Paul Bourdelle par exemple. Ce disciple d'Auguste Rodin réalise une œuvre splendide en 1902 (commémorant la guerre de 1870/71) à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne.

Où trouve-t-on le monument aux morts le plus ancien de France ? Et le plus pacifiste ? Le plus insolite ? Le plus féminin ?

Une partie des monuments aux morts de France est classée parmi les Monuments Historiques, c'est-à-dire qu'ils sont protégés et représentent un réel intérêt artistique et historique. C'est le cas de l'un des monuments aux morts de Nancy, en Lorraine, « la porte Désilles », qui est aussi le plus vieux monument aux morts de France. C'est un arc de triomphe, bâti entre 1782 et 1784 pour honorer les Lorrains partis se battre contre les Anglais, pour l'indépendance de l'Amérique (on doit beaucoup aux Américains... Ils nous doivent aussi beaucoup 😉). Sur les monuments, sont gravés de nombreux mots teintés d'honneur, de gloire, de sentiment guerrier, de devoir, de mémoire, de patrie. On trouve aussi quelques rares monuments pacifistes. Ils sont d'autant plus étonnants quand on sait qu'ils ont été élevés juste après la Première Guerre mondiale, où l'on baignait dans l'ambiance d'une France à la fois meurtrie et victorieuse, conquérante et toujours un peu guerrière. Le monument le plus pacifiste est probablement celui de Gentioux, dans la Creuse. Sur un piédestal, près de l'inscription « Maudite soit la guerre », un enfant lève le poing serré. On trouve quelquefois les inscriptions « Guerre à la guerre » ou « Paix entre tous les peuples ». Ce qui m'amène au monument possiblement le plus européen, et peut-être aussi le plus féministe ou féminin. Je l'ai dégoté à Sarre-Union (photo), en Alsace, pas très loin de Strasbourg et du Domaine Saint-Jacques. De multiples symboliques se connectent en un même lieu. Sur la place de la République, une femme habillée d'un drapeau européen libère une colombe. Certains ajoutent dans la lecture allégorique « le geste des bras tendus, comme une prière, et les mains en coupe pour une offrande, le sacrifice de nos soldats ». De la colombe au pigeon, il n'y a qu'un pas. Il nous conduit à Lille, qui abrite sans doute le monument aux morts le plus insolite. C'est unique en France. Le monument est dédié... aux colombophiles et pigeons morts pour la France. Aucune provocation n'a présidé à l'installation de ce monument, il rappelle juste l’œuvre des dresseurs et éleveurs de pigeons-voyageurs, très utilisés pendant la Première Guerre mondiale – mais aussi la Seconde – dans le cadre de la guerre du renseignement.

Vianney Huguenot
Journaliste, hexagone-trotter, également chroniqueur en radio et animateur en télévision, il sillonne la France depuis plus de vingt ans, alternant les coins méconnus et les pépites incontournables du tourisme français.

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