Il y a 1108 ans...

Le 11 septembre 910, le duc d'Aquitaine, dit « le Pieux » (qui était bon cumulard puisqu'il était aussi comte d'Auvergne, du Berry, du Limousin, de Lyon et de Mâcon) offrait à douze moines bénédictins une partie de ses terres, à Cluny, en Saône-et-Loire. Il le faisait par charité, certes, mais aussi pour expier ses fautes : « recherche insatiable du pouvoir, contrées ravagées par les guerres qu'avait suscitées son ambition... ».

Cet acte de donation ouvrait l'une des plus grandes histoires de la chrétienté. L'abbaye de Cluny est ainsi fondée, indépendante de l’évêque et des « seigneurs laïcs », elle n'avait de compte à rendre qu'au Pape, ce qui va lui donner une influence considérable.

10 000 moines, 1 400 établissements

C'est un vaste réseau, dit des abbayes clunisiennes (ou sites clunisiens), qui va alors se développer en France et en Europe. Au mieux de sa forme, l'abbaye comptera dans son giron intellectuel et religieux 10 000 moines et 1 400 établissements « répandus depuis le nord de l'Angleterre jusqu'à l'Espagne, en passant par l'Italie et le Saint-Empire romain germanique ».

La plus grande église de la chrétienté

Incarnant cette puissance et ce rayonnement, l'église abbatiale, la « Major Ecclesia », est construite à partir de 1088. Jamais, n'avait encore été bâtie une église romane de cette ampleur, « dont les voûtes culminent à 30 mètres ». Cette église de Cluny sera la plus grande de toute la chrétienté pendant 400 ans, jusqu'à la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome à partir de 1506.

Quand ses abbés inspiraient les papes

La force de Cluny tiendra aussi de son indépendance, de sa situation géographique, « à la charnière entre Europe du nord et Europe du sud », de sa puissance financière et de son influence intellectuelle. « Dès avant l'an mil, ses abbés inspirent les papes et les grands de ce monde », des abbés qui étaient élus par les moines. Ici, on écrit, on crée, on conserve des ouvrages remarquables, Cluny est « un centre d'études de premier ordre ».

Le coup de grâce des révolutionnaires

Mais à partir du XIIe siècle, Cluny va perdre progressivement de son influence, ses difficultés financières n'étant pas pour rien dans cette régression. Les guerres de religion accentueront les problèmes et le coup de grâce sera donné par les révolutionnaires qui font de l'abbaye un « bien national ». En 1791, les mobiliers et tapisseries sont vendus, les archives brûlées, les moines expulsés, l'église est laissée à des marchands qui la détruiront et en feront une carrière de pierres. Les vestiges que l'on peut voir aujourd'hui représentent 8% de l'édifice total (ce qui donne un aperçu de ce que fut la grandeur de Cluny).

Un musée en 1866

La visite de l'abbaye de Cluny, notamment à travers un musée d'art et d'archéologie, vous ouvre les portes de cette grande histoire. L'histoire même du musée est intéressante. C'est un médecin au XIXe siècle qui hérite du bâtiment, dont sa veuve fera ensuite don à la ville de Cluny pour qu'elle crée un musée. Celui-ci ouvrira ses portes en 1866. « Depuis, il a connu de nombreux remaniements et vu ses collections s'enrichir au gré des découvertes, lors des différentes fouilles archéologiques dans l'abbaye ».

Un témoin supérieur à tout autre

Beaucoup de monde, historiens, archéologues, étudiants, professeurs, se sont penchés sur l'histoire fabuleuse de Cluny. De 1927 à 1950, un archéologue américain reprend les fouilles entreprises par l'architecte en chef des Monuments Historiques de Bourgogne. Ses travaux donneront naissance à une maquette de l'église, visible à la Cité de l'architecture et du patrimoine de Paris. Pour Kenneth John Connant, cet édifice de Cluny « était un témoin de l'art roman supérieur à tout autre ». Soixante ans plus tard, des étudiants de l'Ecole Nationale des Arts et Métiers de Paris numériseront l'ensemble, permettant une visite virtuelle en 3D.

Un petit conseil pour la route

Si vous êtes en promenade à Cluny, ne vous limitez pas au musée et aux vestiges de l'église, offrez-vous aussi une balade dans le parc, sur un circuit de 30 minutes composé de neuf stations. Vous allez découvrir de nombreux autres édifices : « leurs périodes de construction s'étalent des premiers temps de l'abbaye à nos jours. Cet ensemble, qui peut paraître hétéroclite, est un remarquable témoin historique ».

En région Bourgogne Franche-Comté, vous trouvez quatre villages vacances et hôtels clubs Cap France, tous dans le Jura : Le Duchet à Nanchez, à 120 km de Cluny (en passant par Saint-Amour) ; Neige & Plein Air à Lamoura (près de Saint-Claude) ; le Chalet de la Haute-Joux à Cerniébaud ; les Chalets du lac de Vouglans à Maisod.

V.H.

Photo © Bourgogne-Tourisme

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