Un mois particulier

Novembre arrive et, avec lui, le bel automne qui colore nos villes et nos campagnes d'une teinte chaleureuse. Novembre 2018 est aussi le mois très particulier du centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale. Les férus de tourisme de mémoire peuvent se programmer des séjours aussi passionnants qu'émouvants. Quelques exemples de sites à visiter.

Dans le Nord

Ils s'appelaient Georges, Ernest, Sylvère, Eugène et Léon. Ils étaient commerçant, lieutenant, ouvrier, marchand de vins et étudiant. Ils furent fusillés en 1915 par les Allemands. Sculpté par Félix-Alexandre Desruelles, un monument du square Daubenton rappelle la fin tragique de ces cinq Lillois.

La puissance du souvenir

Il rappelle aussi que cette guerre, qu'on nomma en 1918 « le der des der », bien que terrible, bien que « boucherie », n'empêcha pas les hommes d'en produire une autre vingt ans plus tard. En 1940, ce monument lillois fut dynamité par les Allemands. Il sera rebâti par la veuve du sculpteur, « à l'identique, à la moustache près », et réinstallé en 1960. Voici un monument qui honore la résistance mais aussi la patience et la puissance du souvenir.

Dans le Pas-de-Calais

À Ablain-Saint-Nazaire, s'élance le Mémorial international de Notre-Dame de Lorette avec son « anneau de la mémoire », aussi impressionnant qu'élégant. Tous les noms et prénoms des 579 606 tués sur le front du Nord-Pas-de-Calais y sont gravés, « par ordre alphabétique, sans distinction de nationalité, de grade ou de religion ». Le premier s'appelle A Tet, il était Népalais et combattait dans l'armée britannique. Le dernier se nomme Paul Zchiesche, il était Allemand. Plus qu'un monument du souvenir, cet anneau est un symbole de réconciliation.

Dans l'Aisne

Une simple chapelle signale le Mémorial du Chemin des Dames, à l'entrée de Cerny-en-Laonnois, en hommage aux victimes des batailles de l'Aisne et du Chemin des Dames. Deux plaques nous rappellent qu'aux champs de bataille furent expédiés des jeunes hommes de toutes origines, de tous horizons, de toutes religions. L'une de ces plaques fut déposée, en hommage « à ses frères » tirailleurs sénégalais, par le premier Président du Sénégal, Léopold Sedar Senghor. L'autre, par le théologien et prêtre jésuite, Pierre Teilhard de Chardin.

Dans les Ardennes

À Novion-Porcien, entre Reims et Charleville-Mézières, le Musée Guerre et Paix est unique. Il relate l'histoire d'un territoire à travers trois guerres, celles de 1870/71, de 1914/18 et de 1939/45. « Par trois fois, les populations ardennaises ont subi l'invasion, l'occupation, la libération puis la reconstruction, faisant suite aux dévastations de la guerre », rappellent les responsables du musée. « Par trois fois, le territoire s'est couvert de cimetières et de mémoriaux ».

Dans la Somme

On a tous étudié à l'école la fameuse Bataille de la Somme, « l'une des plus sanglantes de la Première Guerre mondiale ». On la retient aussi parce que c'est au cours de cette bataille que seront utilisés pour la première fois les chars d'assaut. C'est aussi l'une des premières fois qu'un conflit est filmé. Dans la Somme, on sait moins qu'il y a, à Noyelles-sur-Mer, le plus grand cimetière chinois de France. Ces 800 Chinois, tués au combat, étaient des civils employés par l'armée britannique, « affectés à des tâches dangereuses, comme le terrassement des tranchées, le déminage des terrains ou le ramassage des soldats morts ».

Dans l'Oise

Compiègne, sa clairière, son train, sont aussi des incontournables de nos cours d'histoire. Le 11 novembre 1918, à 5h20 du matin, est signé l'armistice, dans une voiture de chemin de fer, dans la forêt de Compiègne, dans la clairière de Rethondes. Avant cet acte historique, des négociations avaient été entamées dès 2 heures du matin.

L'historique train de la clairière

Ce train a une longue histoire. Après 1918, il fut remis sur les rails, devenant wagon-restaurant sur la ligne Paris-Evreux. Clémenceau le réclama en 1919 pour qu'il entre au musée de l'Armée. Le célèbre wagon fera un voyage à Verdun en 1920, avec à son bord le président de la République Alexandre Millerand.

De Rethondes à Berlin

L'année suivante, le train est installé aux Invalides, jusqu'en 1927 où il prend place à Rethondes. Hitler, voulant marteler sa revanche, demandera à signer l'armistice du 22 juin 1940 précisément dans ce train, au même endroit que le 11 novembre 1918. Au printemps de l'année 1945, constatant l'avancée des Alliés, Hitler donnera l'ordre de brûler le wagon, exposé à Berlin depuis 1940. C'est un wagon-restaurant de la même série, « reconstitué à l'identique et décoré avec le mobilier d'origine », que les visiteurs peuvent découvrir aujourd'hui à Rethondes, au Mémorial de l'Armistice (photo © Oise-Tourisme).

Mais aussi en Alsace, en Champagne, en Lorraine

Ce sont par centaines qu'on compte les lieux de mémoire et de découverte historique liés à la Première Guerre mondiale, essentiellement dans les Hauts-de-France (Picardie, Nord-Pas-de-Calais) et dans le Grand Est (Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne). Nous partirons dans les prochains jours en balade autour des cinq villages vacances et hôtels clubs du Grand Est, à la découverte d'autres lieux de mémoire mais aussi, plus largement, d'idées de visites et de séjours.

V.H.

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