Le co-walking, kesako ?

Une nouvelle mode s'installe et commence à intéresser quelques entreprises : le co-walking. On traduit littéralement ainsi : le marcher-ensemble. Dans le jargon du management, la signification est plus large : c'est une nouvelle forme de réunion de travail à deux, trois ou quatre, qui se fait à pied, en déambulant dans un parc ou dans la rue.

Réunionite improductive ?

Voilà donc le réunionitus-pedibus-jambus qui s'invite pour répondre à la problématique des réunions classiques et paraît-il rasoir et plan-plan. Car selon un salarié sur deux, ces réunions où l'on est assis autour d'une table posent problème. D'après un sondage d'OpinionWay (avril 2017), 48% jugent ces réunions improductives. La même enquête révèle qu'une réunion sur quatre, seulement, « aboutirait à une prise de décision ».

Sortir du cadre

Pour changer ça, l'idée serait donc de partir au grand air, de marcher, de parler. Le fait de ne pas être au bureau (qui rappelle les hiérarchies) permettrait au salarié de s'exprimer plus librement, « de sortir du cadre de l'entreprise, matérialisé par un bureau qui marque généralement la ligne hiérarchique entre le salarié et son manager », écrit L’Équipe.

Les idées qui marchent

Le fait de marcher libère la pensée et rend le salarié plus productif en idées neuves : c'est un autre argument avancé par les défenseurs de cette trouvaille. Selon Elia Pradel, de chez Early Metrics, « marcher et s'aérer pendant une vingtaine de minutes accroît la productivité, le moral et la créativité. En revanche, dès lors qu'il s'agit d'une réunion de plus de trois personnes, le co-walking peut montrer ses limites ».

Les limites du bidule

À moins de trois personnes, aussi, cette trouvaille a ses limites. Les défenseurs du co-walking avancent que le fait de marcher hors de l'entreprise et côte-à-côte (au lieu de face-à-face) rapproche le subordonné de son chef. Faut voir. C'est aussi oublier l'aspect technique de la chose : marcher à trois ou quatre de front, sur des petits trottoirs, c'est quasi impossible. Certains, obligés de crapahuter dans le caniveau, se sentiront forcément exclus !

Vieux comme Aristote

L'idée n'est pas mauvaise en soi, et d'abord parce qu'elle offre une occasion de soigner sa santé. Mais l'idée n'est pas neuve non plus. Marcher pour produire de l'idée, pour se concerter, se concentrer, échanger, tout ça est vieux comme Aristote. Pas nouvelle non plus (mais pas si vieille qu'Aristote), cette manie de créer un anglicisme pour décrire une méthode qui pourrait bien se dire en français. Mais ceci est une autre histoire. Oh sorry... but that is another consideration !

L'école des promeneurs

Aristote est sans doute le vrai fondateur de la démarche. Le philosophe grec d'avant Jésus-Christ enseignait en marchant. Au lycée d'Athènes, il avait créé l’École péripatéticienne (on dit aussi École des promeneurs). Voilà donc pourquoi les prostituées sont aussi appelées tapineuses, gourgandines, fleurs de macadam... ou péripatéticiennes. Elles marchent, voilà tout. Mais qu'apprennent-elles, au fait, en faisant les cent pas ? That is another consideration...

Nietzsche contre Flaubert

Le phénomène de la marche a inspiré de nombreux intellectuels et écrivains, qui se sont parfois opposés sur la question. Pour Nietzsche, « les seules pensées valables viennent en marchant ». Pour Flaubert, au contraire, « on ne peut penser et écrire qu'assis ». Nous voilà bien avancés !

Prise de notes, prise de tête

Gustave Flaubert pose un vrai problème, qui limite le co-walking. Assis, on prend des notes facilement. En walkant, ça devient dangereux. Comment établir en co-walking la « to-do list » (« liste de choses à faire » ou simplement « mémo ») ? Pour l'avoir testé, la prise de notes sur le smartphone (onglet « mémo ») est relativement aisée. L'enjeu est important : il s'agit de mémoriser l'effusion d'idées de notre cerveau au grand air.

Cocorico-walking

Le mieux, c'est quand même qu'on teste chacun la trouvaille, sans a priori. Si ça marche, rien ne nous empêche de courir créer le cocorico-walking (marcher tôt le matin), le côtes-walking (aller de bar en bar), le coco-walking (marcher en communauté ; c'est un peu une manif), le cocasse-walking (quand ton patron a la patte dans le plâtre), le cocu-walking (tu bousilles la réunion en parlant de tes problèmes de cœur... mais en marchant), ou encore le con-walking (tu pars marcher en réunion rien qu'avec des cons et tu préférerais bosser dans ton bureau et terminer à l'heure ton taf).

Bon co-lundi à tous.

V.H.

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