Bien sûr que t'es belle !

Bien sûr que Niort est une belle ville, quoiqu'en dise l'écrivain Michel Houellebecq dans son roman Sérotonine, paru vendredi. La petite phrase fait causer à Niort (et lui fait aussi de la pub), c'est l'occasion de s'offrir une tournée dans les propos des écrivains sur les villes françaises.

Un propos de roman

« Niort est l'une des villes les plus laides qu'il m'ait été donné de voir », écrit Michel Houellebecq. Ça fait mal. D'autant plus mal que, pour qui connaît la capitale des Deux-Sèvres (photo), elle ne manque pas d'atouts et tient la promesse de belles rencontres architecturales. La phrase de Houellebecq est un propos de roman, un avis subjectif, peut-être une saillie provocatrice. On aurait tort de s'appesantir sur le sujet.

La ville est un état d'esprit

Au-delà des architectures, attardons-nous sur l'ambiance de la ville, son sens de l'accueil, bref, sa beauté intérieure. « La ville n'est pas une simple agglomération d'hommes et de bâtiments, c'est un état d'esprit », écrivait Robert Park. À voir comment les Niortais, sur les réseaux sociaux et ailleurs, prennent la défense de leur ville, on se dit qu'il faut y aller !

Le meilleur remède aux fake news

En tête des avocats de la ville, le maire rappelle malicieusement... que l'écrivain n'a pas mis les pieds ici depuis vingt ans. Passons... et jugeons par nous-mêmes, c'est le meilleur remède aux fake news. Offrez-vous donc à l'occasion un démenti en forme de voyage à Niort et dans le merveilleux marais Poitevin.

Stendhal et Grenoble

Les propos polémiques d'écrivains sur les villes ne sont pas une première. Ce que disait Stendhal sur sa commune natale n'avait rien de très folichon : « Tout ce qui est bas et plat me rappelle Grenoble », raillait-il. Il s'affichait plus aimable avec la région du Dauphiné dont il décrivait une nature « profonde, tenace, dotée d'un esprit de finesse ».

Balzac et Metz

Le poète Paul Verlaine a écrit de splendides vers sur sa ville natale de Metz, à laquelle il était attaché. De passage dans la capitale lorraine, Balzac, lui, fut vachard (pas sur la ville mais sur ses habitants). Alors qu'il envisage de se marier incognito avec une comtesse polonaise, il lui écrit : « Nous pourrions publier les bans à Metz. Les habitants de cette ville sont si ignorants qu'ils n'ont jamais entendu parler de mes œuvres. S'il était célébré ici, notre mariage pourrait passer inaperçu ».

La plus belle gare de France... une tourte !

Pour relativiser les propos des écrivains sur les villes, restons à Metz et allons à la gare. Cet édifice reçut le jugement fielleux de l'écrivain Maurice Barrès. Dans un de ses romans, publié en 1909, il se lâche : « On y salue l'ambition digne d'une cathédrale et cette gare n'est qu'une tourte, un immense pâté de viande »... Une tourte réélue récemment « plus belle gare de France ».

Flaubert et Nantes

À Nantes, c'est la cathédrale qui fut la cible de Gustave Flaubert (natif de Rouen). Du haut de l'édifice, il s'extasie sur la vue. Mais sur la cathédrale, il est cinglant, dans un livre paru en 1846 : « la cathédrale est dans le goût anglais du XVe siècle tout chargé de ciselures épaisses, tout alourdi des enjolivements stériles du gothique en décadence ».

Zola et Marseille

Généralement, les propos sont plutôt flatteurs. « Ah, Marseille, la seule ville où l'on mange ! », dit Zola. « Si Paris est la capitale de la France, Lyon est la capitale de la province », s'emballe Albert Thibaudet. « Respirer Paris, cela conserve l'âme », déclame Victor Hugo.

Sartre et Le Havre

On dit que Victor Hugo croisa au Havre l'homme qui lui inspira le personnage de Jean Valjean, dans les Misérables. Cette info, vous la retrouvez sur un site passionnant qui recense tout ce qu'ont dit les écrivains sur Le Havre (ou ce qu'ils y ont fait) : Henry Miller relate une « mémorable virée au Havre » tandis que Jean-Paul Sartre puise dans ses souvenirs de prof au lycée du Havre pour planter le décor de son premier roman.

Le Clézio et Nice

On termine notre balade avec J.M.G. Le Clézio, Prix Nobel de littérature en 2008 et né 68 ans plus tôt à Nice. C'est un homme amoureux qui couche sa ville sur le papier : « … la beauté de la terre, des jardins, des terrasses d'agrumes et d'oliviers, l'odeur de la mer mêlée au parfum du chèvrefeuille et du mimosa, le vol oblique des goélands et des mouettes, au crépuscule, au-dessus des toits de tuiles, l'estompe des soleils couchants et la force crue du Midi ». Prix Nobel de l'élégance.

V.H.

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