Les bons chiffres du tourisme

L'Insee vient de publier les chiffres de la fréquentation touristique en France, sur la période d'avril à septembre 2018. De bons résultats, affichant notamment « un nombre de nuitées en hausse de 1,3% par rapport à 2017 », l'année 2017 étant déjà un très bon cru « avec 429 millions de nuitées et une hausse de 5,6% ».

Boosté par la météo, les étrangers et le tourisme de mémoire

Plusieurs phénomènes expliquent ce tonus français confirmé en 2018 : le retour en masse des touristes étrangers (après des années 2015 et 2016 plus mornes, suite aux attentats), une belle météo et une attractivité touristique boostée par le tourisme de mémoire, plus particulièrement sur certaines régions comme les Hauts de France et le Grand Est.

+ 12% de touristes étrangers en Bretagne

Les chiffres globaux de 2018 recouvrent des disparités régionales (chiffres tous types d'hébergement) : - 2,1% de nuitées en Auvergne-Rhône-Alpes, avec toutefois un excellent mois de mai (le meilleur résultat depuis cinq ans) ; - 1,6% en Bourgogne-Franche-Comté (malgré une hausse de la clientèle étrangère) ; + 2,6% en Bretagne (augmentation des touristes étrangers, Allemands et Britanniques notamment, de 12%).

Allemands et Belges dopent la fréquentation dans le Grand Est

En Centre-Val de Loire, on note une progression des nuitées de l'ordre de + 1,8% (+ 4% pour les étrangers, + 12% sur le mois de mai grâce aux ponts de mai) ; la Corse affiche une petite progression de 0,6% ; le Grand est, avec + 4,1%, est l'une des plus belles hausses de l'année, notamment grâce aux touristes allemands, belges et néerlandais.

Les gros cartons : Île-de-France, Normandie et Hauts-de-France

Parmi les cartons, on trouve la Normandie (+ 5,3 %), bénéficiant elle aussi de l'apport des touristes étrangers (+ 7% d'Américains par exemple), l'Île-de-France est palme d'or avec ses + 7,7%, « un niveau jamais atteint – note l'Insee – et profitant à tous les départementaux de la région et tous les types d'hébergement ». Sur la 3e marche du podium, les Hauts-de-France (+ 4,9%) : « tous les sites présentent un bilan positif de leur saison, qu'il s'agisse du littoral (+ 5,3%), des espaces urbains (+ 4,7%) et des autres espaces (+ 4,7%) ».

C'est plus mou en PACA

La Nouvelle Aquitaine stagne à + 0,1% mais révèle de fortes disparités entre le – 5% des Deux-Sèvres et le + 6,1% de la Creuse. Dans les Pays de la Loire, la hausse est plus qu'honorable, + 3,5%, « elle est surtout due à la clientèle résidant en France (+ 3,8), tandis que celle-ci reste globalement stable en France ». En PACA, même si on peut se targuer d'être la 4e région la plus fréquentée cette saison, on enregistre tout de même une baisse de 2%. Enfin, pour l'Occitanie (- 0,9%), l'Insee souligne que la région « a été pénalisée par un début de saison d'été marqué par une grève des transports et une météo pluvieuse ».

De grèves, causons-en !

Le calendrier vient de produire une concomitance surprenante : tandis que l'Insee publiait ses chiffres du tourisme (le 28 novembre), on entendait les premiers grincements de dents des professionnels du tourisme, à propos du mouvement des gilets jaunes.

Gilets jaunes : quel impact sur le tourisme ?

L'exercice est légitime lorsque surgit un mouvement de grève ou de révolte en France, on s'interroge sur l'impact économique de la crise. Chez les professionnels et médias du tourisme, on regarde aussi (et peut-être surtout) l'effet sur l'image du pays à l'étranger. Sans porter de jugement de valeur sur les les Gilets jaunes (là n'est pas le sujet, ni l'objet de ce blog), regardons simplement les faits. Voyons où nous en sommes trois semaines après le lancement de ce mouvement très populaire.

Sur les télés du monde entier

Sur les conséquences directes, en termes de réservations, les effets commencent à se faire sentir, parfois durement, chez les hôteliers, restaurateurs ou tours opérateurs. Selon France Info, « 20 000 à 25 000 nuitées ont été annulées pour le mois de décembre sur Paris ». La capitale est la plus affectée par les scènes d'émeutes sur et aux abords des Champs-Élysées, relayées sur les télévisions du monde entier.

« La montée en charge ne se fait pas »

Dans un article du 27 novembre, sur Tourmag, le président du Groupement National des Chaînes Hôtelières (GNC), Jean-Virgile Crance, « constate un retard dans les réservations sur l'ensemble du territoire. La montée en charge ne se fait pas. Nous avons un manque sur les réservations pour les fêtes, mais aussi sur le secteur "affaires" et sur le segment "séminaires", décembre étant un mois propice à ce genre d'événements ».

Adaptation ou incompréhension ?

Au-delà de ces conséquences directes, c'est l'image de la France à l'étranger qui est en question. Il y a deux visions, qu'on pourrait résumer ainsi : ceux qui disent que les étrangers nous connaissent bien et s'adaptent ; les autres relayant le ras-le-bol des étrangers et leur incompréhension face à notre french way of life et notre côté un petit peu very râleur.

« Un coup de froid »

« Quand ce n'est pas les gilets jaunes, ce sont les VTC, les taxis, les grèves SNCF, Air France, les ambulanciers... cela commence à faire beaucoup et le fardeau est de plus en plus lourd », commente Laurent Mosconi, d’Orchidées Tours, dans Tourmag. « Il y a un vrai motif d'alarme », dit Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage. « C'est un coup de froid pour les professionnels » titre la journaliste de Tourmag.

À propos d'image de la France

L'image de la France en prend un coup, c'est clair (surtout depuis les scandaleuses dégradations de l'Arc de Triomphe, qui sont le fait de casseurs). Pour autant, certains temporisent, tout en restant prudent sur la suite de ce mouvement. Est-il une simple éruption de notre esprit grognon-gaulois ? (*) Ou s'apparente-t-il à un mouvement plus profond, possiblement plus violent et qui peut durablement effaroucher le visiteur étranger ?

« Au pays de la grève »

Après les grèves des cheminots de cet été, tandis que les pros du tourisme faisaient les comptes, le rédacteur en chef de BFM TV, Pierre Kupferman, livrait cette analyse. Elle est certes contestable, mais intéressante. Il expliquait que les étrangers qui viennent ici savent qu'ils arrivent « au pays de la grève ». « Les événements que nous vivons comme très importants ne sont pas forcément perçus comme ça à l'étranger. S'il y a des événements qui marquent, ce sont les attentats. Là, les gens se disent "j'irai plus tard en France", mais on reste globalement dans un pays que les gens veulent visiter ».

V.H.

(*) Je vous préviens, ça fait parfois mal ! Savez-vous comment nous sommes perçus à l'étranger ? De nombreux sondages nous en disent plus sur cette image des Français. En voici un, publié dans Femmexpat (magazine de la femme expatriée francophone). La journaliste démarre son article par cette légende (on rit jaune, mais on rit svp !) : « Après avoir créé la France, Dieu trouva que c'était le plus beau pays du monde... ce qui allait faire des jaloux. Alors, pour rétablir l'équilibre, il a créé les Français ». Selon le sondage publié par ce magazine (en 2013) nous sommes cultivés pour 70% des sondés, mais nous sommes « moyen moyen sympas ». 63% nous considèrent arrogants et 65% nous disent « râleurs ». Quand on soumet les sondés aux mots « France et travail », 49% répondent « contestations, grèves, vacances ». 53% estiment que « le romantisme est dans notre ADN » et 46% disent « que nous élevons la galanterie au rang des beaux-arts ». 81% pensent que « la femme française est très très élégante » et 94% saluent notre cuisine.

Ce qui suit n'est pas sondage, mais un recueil d'avis d'étrangers sur les Français. Et voilà ce que donne le classement (établi par le site petitsfrenchies.com). Nous sommes : 1- flemmards et grévistes 2- cra-cra (vieux cliché à toiletter, merci) 3- romantiques, galants et attentionnés (ça, c'est vrai) 4- arrogants, chauvins et râleurs (faut voir !) 5- cultivés et raffinés (ça, c'est vrai aussi).

Photo © L'Union / Caroline Puissant

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