Cabinets de curiosités

Plongeons-nous dans l'histoire des musées, cabinets de curiosités modernes, dit-on dans une formule un peu rapide. Cette histoire nous renvoie bien plus loin, dans l'Egypte antique où l'on fixe généralement l'origine, quand Ptolémée Ier crée un lieu d'observation et de recherche dans son palais d'Alexandrie.

Princes et rois font des concours

En France, c'est au XIVe siècle que l'idée se concrétise. Rois, princes et ducs rivalisent et accumulent des œuvres, comme autant de signes (pas si extérieurs) de richesse et de puissance. Le musée est alors un loisir réservé à l'aristocratie. Le terme de « musée » (tiré des Muses, filles de Zeus, divinités protectrices des arts et des sciences) viendra plus tard. L'historien Paul Jouve est l'un des premiers à l'évoquer, parlant de sa collection de portraits comme d'un palais des Muses, « un musée » dit-il. Nous sommes en 1521.

Premier musée public en Angleterre

Le XVIIe siècle voit l'organisation de ces lieux d'exposition, on parle alors de muséographie. Dans cette même période, en 1677, s'ouvre le premier musée public au monde. Ça se passe en Angleterre, quand Elias Ashmole fait don de sa collection à l'université d'Oxford mais demande expressément qu'un bâtiment soit érigé pour l'accueillir (actuel Ashmolean Museum). En France, c'est la Révolution Française qui ouvre les portes des musées au grand public.

Le Louvre, en 1793

C'en est fini des privilèges (de certains, dirons-nous), les musées et les beautés qu'ils abritent doivent être désormais accessibles à tous. Ce sont souvent des œuvres confisquées ou nationalisées qui ornent ces lieux de découverte. Naît en 1793 le Louvre, ancienne résidence royale devenue Muséum central des arts de la République.

Livre et vitrine

Comme un clin d’œil aux révolutionnaires, le public a toujours classé le Louvre en tête des musées les plus visités de France. Les visiteurs, au Louvre comme ailleurs, découvrent les multiples fonctions de ces espaces : grand livre d'histoire, vitrine d'une richesse culturelle (d'une ville, d'une région, d'une époque ou d'un courant artistique ou scientifique), le musée est aussi, souvent, à travers l'histoire, un outil de propagande (on pense à Louis-Philippe et au musée de l'Histoire de France à Versailles, et à bien d'autres).

L'art moderne s'invite

L'évolution des musées révèle les mouvements de la société française. Dans les années 1920, on voit apparaître les premiers musées d'art moderne. Grenoble est l'une des premières villes à ouvrir un tel lieu, en 1919, avec un musée consacré à des petits jeunes qui montent, Matisse, Monet, Picasso. La même année, Paris reçoit la demande d'Auguste Rodin. En échange du legs de tous ses biens et de ses œuvres, il veut un bâtiment pour lui tout seul, ouvert de son vivant (modeste, le garçon !).

Le centre Pompidou, en 1977

C'est aussi la façon de montrer les œuvres, de les poser, les accrocher, qui va évoluer tout au long de l'histoire. Difficile de fixer un date mais on peut dire que dans les années 1950 à 1980, une réflexion plus poussée apparaît sur l'aménagement des espaces, leur aération, le jeu des lumières. C'est dans ce contexte qu'apparaît l'incroyable Centre Pompidou (photo) à Paris en 1977. Il en fera marronner plus d'un à ses débuts : « Est-ce une raffinerie destinée à récupérer les boues de la Seine pour en faire de l'essence ? » rouspète l'écrivain René Barjavel.

Apparition de la vidéo et du web

La vidéo révolutionnera les musées dans les années 90. Dans leur fonction pédagogique, ils s'appuient sur ce mode de diffusion. Aujourd'hui, c'est internet qui bousculent les conservateurs et directeurs de musée, obligés de constater que le web est un concurrent complexe à cerner. Les visites de musées virtuelles représentent un outil qui peut utilement compléter leur offre. Pour autant, ce que livre la toile (notamment des œuvres de jeunes artistes) les oblige à instaurer de nouvelles pratiques (y compris commerciales). Une révolution plutôt bénéfique au grand public, à condition qu'elle ne nous détourne pas des visites sur place, dont l'ambiance est irremplaçable.

Paris squatte les 13 premières places

Aujourd'hui, on répertorie 1216 espaces labellisés Musées de France (c'est à dire « lorsque la conservation et la présentation des collections revêt un intérêt public »). Outre les musées parisiens (+ celui de Versailles), qui squattent les 13 premières places (en termes de visites), on trouve dans la liste des plus populaires : le Mémorial de Caen (Calvados), le musée du château de Fontainebleau (Seine-et-Marne), le musée du palais des archevêques de Narbonne (Aude) ou le Muséum d'histoire naturelle de Toulouse (Haute-Garonne).

L'Art brut à Villeneuve-d'Ascq

Si vous voulez vous organiser un rallye des meilleurs musées de France, il y a plein d'autres solutions (se caler sur les musées les plus populaires n'est pas forcément l'idéal). Allez faire un tour sur ce site qui évoque l'étude, très sérieuse, réalisée par le Journal des Arts. Elle repose sur 67 critères et 600 musées ont été questionnés. « Les critères sont presque ceux d'une démarche qualité ». Vous serez surpris des résultats, qui ne placent que 6 musées de Paris dans le Top 20, avec dans le trio de tête les musées des Beaux-Arts de Lyon et de Rouen et le musée d'art contemporain et d'Art brut de Villeneuve-d'Ascq (Nord).

Le bizarre... en Ardèche

Et puis n'oubliez pas les tout petits musées, publics ou privés (il y en a 6 000 en France). Ce sont souvent des pépites, dédiées à des sujets variés, insolites et parfois complètement fous : musée des vampires (Les Lilas, Seine Saint-Denis), musée du corbillard (Cazes-Mondenard, Tarn-et-Garonne), musée des châteaux en allumettes (Treffléan, Morbihan), musée du tire-bouchon (Ménerbes, Vaucluse) ou le petit musée du bizarre (Lavilledieu, Ardèche). 

V.H.

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