In memoriam

Il y a 74 ans, le 8 mai 1945, sonnait la fin d'un conflit à l'abominable bilan humain, le plus terrible de l'Histoire : près de 60 millions de morts, dont une majorité de civils. Parmi eux, des enfants, femmes, hommes, juifs, résistants, opposants politiques, homosexuels, tziganes, témoins de Jéhovah, handicapés physiques, malades mentaux... assassinés dans les camps de la mort nazis.

À Reims, le 7 mai à 2h41

C'est à Reims, la veille, le 7 mai 1945 à 2h41, que l'Allemagne nazie capitule. L'acte officiel est signé dans la « salle des cartes » (photo © Reims Tourisme), un espace du quartier général des forces alliées, installé dans un collège de la ville depuis février 1945. Ce lieu est aujourd'hui le musée de la reddition.

Tour de France de la mémoire

C'est un des nombreux lieux en France de recueillement, de mémoire, de connaissance et de découverte historiques liés à la Seconde Guerre Mondiale. Toutes les régions françaises suggèrent des parcours de visite, cours d'histoire en grand format et intenses moments d'émotion. Voici quelques exemples.

En Alsace, le camp du Struthof

À Natzwiller, à 50 km à l'ouest de Strasbourg, le camp du Struthof (premier camp de concentration nazi découvert par les Alliés à l'ouest de l'Europe) est visitable, « dans le respect des victimes ». Le parcours comprend plusieurs expositions permanentes, dont une intitulée « Contre la barbarie : s'engager, résister, combattre ».

En Aquitaine, le centre national Jean‑Moulin

Créé par un Compagnon de la Libération, Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux, ce musée présente plusieurs expositions autour de trois thématiques : la Résistance, les Forces Françaises Libres et la Déportation. Au-delà de son action historique, ce centre « est tourné vers l'avenir et apporte sa contribution à l'enseignement et à la recherche ». (Fermeture, pour travaux, jusqu'en 2022. Plusieurs de ses collections sont relocalisées au Musée d'Aquitaine).

En Auvergne, le village des Justes

Dans ce village protestant de Haute-Loire, le Chambon-sur-Lignon, et tout autour, il n'y eut aucune dénonciation pendant la guerre. « Ici, persécutés, déshérites, réfugiés ont trouvé asile. Ici, juifs menacés de mort ont trouvé protection. Ici, maquisards et combattants de l'ombre ont trouvé abri » (Jacques Chirac, 2004). Tous les habitants de ce village et des communes voisines « ont été collectivement honorés par Yad Vashem ». Ils ont reçu la distinction de « Juste parmi les nations ». Un musée « regroupe les traces de la désobéissance civile collective des habitants du plateau », un lieu de mémoire, d'histoire et d'éducation.

En Bourgogne, l'Oradour du Morvan

Dun-les-Places, dans la Nièvre, fut frappé le 26 juin 1944 par une effroyable barbarie. Trente habitants sont massacrés par les nazis, un martyre à l'image de celui d'Oradour-sur-Glane (qui fit davantage de victimes, 642 au total, le 10 juin 1944). Un mémorial a été érigé à Dun-les-Places, comprenant « un parcours qui donne à entendre la parole des survivants et montre la reconstruction physique et morale après un événement d'une violence extrême ».

En Bretagne, la mémoire géolocalisée

Résident de Langolen, dans le Finistère, Yann Le Roch vient de mettre au point un site internet, KilRoyTrip, pour localiser, via une application, tous les lieux, bâtiments ou objets liés à la Seconde Guerre mondiale (musées, stèles, mémoriaux, plaques, véhicules...). Une œuvre titanesque qui a démarré par la Bretagne et la Normandie. Le répertoire est appelé à s'étoffer grâce à l'aide des internautes. Près de 2000 lieux sont déjà répertoriés avec coordonnées GPS.

En Champagne, le mémorial Charles-de-Gaulle

À quelques centaines de mètres de la Boisserie, la résidence champenoise d'Yvonne et Charles de Gaulle, le Mémorial de Gaulle raconte bien plus que l'histoire du chef de la France libre. C'est une époque qui est retracée, sur une muséographie fort bien faite et recréant une vraie ambiance.

Dans le Limousin, le centre d'études Edmond-Michelet

Edmond Michelet était chef du mouvement de résistance Combat, dans le Limousin. Dès le 17 juin 1940, « il distribuait des tracts dans les boîtes aux lettres de Brive qui dénoncent l'esprit de capitulation et appellent à la Résistance ». La ville de Brive-la-Gaillarde, en Corrèze, lui rend hommage et, à travers lui, salue la mémoire des combattants de la France libre. Le musée et le centre d'études intègrent des ateliers pédagogiques : « analyse de l'image et rôle des affiches pendant la période 1939-1945 » ou « la Seconde Guerre mondiale à travers la presse ».

En Lorraine, le fort de Queuleu

Dans cet ancien ouvrage des fortifications de Metz, entre octobre 1943 et août 1944, près de 2000 personnes, essentiellement des Résistants, ont été enfermés et torturés, avant d'être envoyés en camp de concentration. Des expositions y sont régulièrement organisées.

En Nord-Pas-de-Calais, le mur des fusillés

De 1941 à 1944, 218 patriotes ont été fusillés dans les fossés de la citadelle d'Arras. Ils étaient de neuf nationalités (Français, Polonais, Belges, Russes, Portugais, Italiens, Hongrois, Tchèques et Yougoslaves). Il étaient mineurs, curé, enseignants, artisans, commerçants, agriculteurs, cheminots, fonctionnaires et ouvriers. Le plus jeune avait 16 ans. « Le seul monument présent dans le mémorial est un poteau, réplique aussi exacte que possible de celui auquel furent attachées les victimes ».

En Normandie, le centre Juno Beach

Parce que cette région est le lieu du Débarquement (entamé dans la nuit du 5 au 6 juin 1944), vous trouverez ici de très nombreux espaces invitant à se souvenir et à mieux connaître notre histoire. Parmi ceux-ci, le centre Juno Beach, « seul musée canadien sur le débarquement en Normandie ». Une exposition est en cours sur « les grandes femmes dans la guerre de 1939-1945 »

À Paris, la place des cinq martyrs du lycée Buffon

Après l'armistice du 22 juin 1940 et alors que la politique de collaboration de Pétain démarre, cinq lycéens du lycée Buffon décident d'organiser des actions de résistance. Pour eux, « la guerre n'est pas finie ». Ils seront arrêtés en juin 1942, sur dénonciation, remis aux autorités allemandes puis fusillés au stand de tir de Balard, dans le 15e arrondissement. Ils laisseront à leurs parents des lettres d'adieu extrêmement émouvantes. « J'aurais voulu vivre encore pour vous aimer beaucoup », écrit par exemple le jeune Jacques Baudry. Plusieurs lieux parisiens rendent hommage à ces lycéens, dont la place des Cinq-Martyrs-du-Lycée-Buffon, près de la gare Montparnasse.

En Picardie, le musée de la Résistance et de la Déportation

À Tergnier, dans l'Aisne, entre Laon et Saint-Quentin, le musée de la Résistance et de la Déportation fait œuvre de pédagogie et explique la 2e Guerre mondiale, de ses racines à son achèvement, en passant notamment par l'organisation de la Résistance et « la vie quotidienne sous l'Occupation ».

En Provence, le site mémorial du Camp des Milles

Dans ce camp, ancienne tuilerie située entre Aix-en-Provence et Marseille, 10 000 personnes originaires de 38 pays ont été internées : juifs, opposants au régime nazi (dont des Allemands), intellectuels, artistes, journalistes... De nombreux enfants et adolescents ont également été enfermés ici, le plus jeune avait 1 an.

En Rhône-Alpes, la maison du docteur Dugoujon

Le 21 juin 1943, Jean Moulin, président du Conseil National de la Résistance, est arrêté par la Gestapo, avec sept chefs de la Résistance de la zone sud. L'arrestation a lieu dans la maison du docteur Goujon, à Caluire, au nord de Lyon. Cette maison, « réhabilitée dans le respect de son aspect originel », est aujourd'hui le mémorial Jean-Moulin

V.H.

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