Jouez avec Noël

Beaucoup de Français prennent la route aujourd'hui et demain pour rejoindre familles et amis. Pour les longs trajets, vous connaissez les jeux qui occupent les enfants (et les grands) en voiture : le « ni oui ni non », le jeu des couleurs, le jeu des plaques d'immatriculation (plus difficile aujourd'hui avec les nouvelles plaques)... il y en a à la pelle, autant que les sites internet qui vous renseignent sur le sujet. Vous pouvez aussi jouer avec les dates des 24 et 25 décembre... riches en événements.

D'où vient l'expression « la trêve des confiseurs » ?

Le 25 décembre 1914, quelques mois après le début de la Première Guerre mondiale, il est décidé sur certaines zones du conflit d'ordonner un cessez-le-feu qu'on appellera « la trêve de Noël ». L'expression « trêve des confiseurs » est différente et plus ancienne. Elle désigne une période d'accalmie entre Noël et le 1er janvier et elle naît à l'Assemblée Nationale en décembre 1874. Les députés se crêpent le chignon sur la Constitution de la IIIe République et les groupes politiques se mettent d'accord sur un point : Noël est un moment de partage et de joie, ce n'est pas le moment de s'étriper. Ils stoppent donc leurs débats. Un journal satirique invente alors la formule « trêve des confiseurs » pour se moquer de l'embonpoint des parlementaires, en effet souvent bedonnants à cette époque et probablement amateurs de sucreries. L'objectif des parlementaires est aussi d'instaurer une pause générale pour permettre aux Français de prendre du bon temps... et consommer plus et acheter des confiseries. En tout cas, ce n'est pas une trêve pour les vrais confiseurs et chocolatiers ! (pour les chocolatiers, Noël représente 10% de leur chiffre d'affaires annuel). Si vos covoituriers sont amateurs d'histoire, branchez-les sur le 25 décembre de l'an 800, jour où le pape couronne ce sacré Charlemagne empereur d'Occident. Avec lui, vous pouvez vous offrir une belle balade historique mais aussi géographique, en suivant son parcours. Rien qu'avec les villes où l'on dit qu'il est né (en France, en Belgique ou en Allemagne), c'est une belle trotte que vous entamez.

Est-elle vraie cette histoire du vase de Soissons ? Et Charlie Chaplin, n'était-il pas Français en fait ?

Autre roi des Francs, Clovis, baptisé le 25 décembre 496 à Reims. Dix ans plus tôt, il prend la ville de Soissons où naît l'histoire – ou la légende – du vase de Soissons. Dans le butin amassé pendant la prise (le pillage, dirons-nous plutôt) de Soissons, il y a un vase d'une grande beauté que Clovis veut extraire du butin officiel, traditionnellement partagé entre le chef de guerre et ses hommes. C'était sans compter sur l'audace (ou l'inconscience) d'un de ces guerriers qui hurle au vol, prend le vase et le flanque par terre. Un geste qui lui valut l'insigne honneur d'être connu personnellement par le chef. Quelques mois plus tard, la route de Clovis et de l'insolent se croisent à nouveau. Résultat du match : Clovis lui colle un coup de francisque sur le crâne en lui disant : « ainsi as-tu fait avec le vase de Soissons » ». Chez les Cloclo, on ne rigolait pas avec la quincaillerie. Alors, vraie ou pas vraie cette histoire de vase ? Oui et non, dirons-nous, les historiens sont divisés. Dans votre jeu, arrêtez-vous aussi sur le 25 décembre 1893. Décède à Houilles un grand bonhomme, l'un des pères de l'abolition de l'esclavage, Victor Schoelcher. On le sait moins mais cet Alsacien d'origine a travaillé sur d'autres sujets, notamment l'élaboration d'un droit des enfants. Le 25 décembre 1977, c'est le départ d'un autre grand bonhomme, l'immense comédien Charlie Chaplin. Au fait, Charlot était-il vraiment Anglais ? Pas sûr. Une enquête très poussée des services secrets britanniques laissait planer le doute et affirmait qu'il pourrait être de Fontainebleau ou Melun : « Il peut, ou ne peut pas, y avoir de vérité là-dedans, compte-tenu du fait qu'aucune preuve documentaire n'a été obtenue sur une naissance de Chaplin au Royaume-Uni, il se pourrait bien qu'il soit en fait né en France ».

Combien de personnes à la première séance de cinéma, en 1895 ? Et combien de vols d'Ariane depuis 40 ans ?

Restez un peu dans le cinéma et partez en 1895. Nous sommes trois jours après Noël, le 28 décembre, s'organise la première séance publique de ciné (on disait alors le cinématographe, même pas le cinéma). Et combien croyez-vous que ce rendez-vous, aujourd'hui historique, draina de personnes ? 35, pas une de plus ! Trente-cinq « dont plusieurs qui se demandent, intrigués, ce que ce cinématographe peut avoir de plus que les lanternes magiques des fêtes foraines ». Pour la petite histoire, les Frères Lumière avaient eu du mal à trouver une salle pour organiser cette séance, les Folies Bergères et le musée Grévin avaient claqué la porte au nez des frangins bisontins, qui s'étaient alors rabattus dans la salle de billard d'un café de Paris. Vous pouvez également jouer avec la date du 24 décembre, tout aussi riche en événements. Le 24 décembre 1979 – il y a tout juste 40 ans – était lancée la première fusée Ariane, un fleuron du génie français. Savez-vous, depuis ce temps, combien de fusées Ariane sont parties batifoler dans l'espace ? 250, dont la dernière en novembre 2019. Retour dans un passé plus lointain (à sortir pour les questions culture de votre jeu en voiture) : il y a 100 ans jour pour jour, le 24 décembre 1919, naissait le peintre Pierre Soulages. Un musée d'art contemporain lui est dédié à Rodez, sa ville natale, bâti essentiellement grâce à la donation de Pierre et Colette Soulages (250 œuvres et 250 documents exceptionnels), « cette donation est alors la plus importante octroyée en France par un artiste vivant ». Voyez ce lieu, il vaut le coup, surtout si vous résidez dans un des villages vacances de l'Aveyron.

Quelle est la cité qui implanta en France le sapin de Noël ? Combien mesure la plus petite crèche du monde ?

Dans la méga galaxie des musées – dont 1200 labellisés « Musée de France » – quelques-uns ont Noël pour thème ou collection centrale. Chaumont en Champagne, Cavaillon en région PACA ou Muzeray en Lorraine, ont un musée de la crèche. Dans celui de Muzeray, vous découvrez jusqu'au 30 décembre la plus petite crèche du monde. Elle repose sur l'extrémité d'un dé à coudre de 1 cm² et « compte 40 santons sculptés, peints et détaillés, yeux, nez, bouche... ». Ce n'est pas que pour Noël (et ce n'est pas que pour les enfants) mais le musée du jouet mérite aussi votre attention, il est à Moirans en Montagne, dans le Jura, et compte 20 000 objets. Pas de musée du sapin mais plusieurs établissements culturels évoquent ce symbole central de nos fêtes de fin d'année. Savez-vous quelle cité en France eut l'idée en premier d'un sapin de Noël ? La réponse est un joyeux casse-tête car plusieurs villes s'arrachent la primeur. Est-ce Versailles en 1738, quand l'épouse de Louis XV installe un sapin au château, s'appuyant sur une tradition ancienne de sa Pologne natale ? Non. Est-ce en 1521, à Sélestat en Alsace où l'on affirme qu'à cette époque « on surveillait les sapins en forêt pour que les gens n'en abattent pas trop » ? Peut-être, mais sa voisine Strasbourg dit qu'elle dispose « de parchemins qui attestent qu'elle avait sept sapins dans la ville en 1492 ». L'Alsace tient donc la corde... à moins que les Francs-Comtois ne dégainent leur atout de derrière les fagots : le moine irlandais Colomban aurait décoré un sapin de Noël à Luxeuil-les-Bains au VIe siècle.

Vianney Huguenot
Journaliste, hexagone-trotter, également chroniqueur en radio, animateur en télévision et auteur au Petit Futé, il sillonne la France depuis plus de vingt ans, alternant les coins méconnus et les pépites incontournables du tourisme français.

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