Le temps des foires à tout

On estime à 50 000 le nombre de vide-greniers organisés chaque année en France. Les mois d'avril et mai marquent souvent le top-départ de ce grand vidage national (vide-greniers, vide-dressing, vide-garages, vide-armoires, vide-landaus, etc), autrement appelés foires aux greniers, braderies, réderies (ça c'est plutôt Picard), puciers (dans le Dauphiné), foires à tout (en Normandie), bric-à-brac (un peu partout en France mais surtout dans l'ouest). On dit aussi les brocantes, même si ces rendez-vous concernent davantage les professionnels.

Perles et esprit festif

Les professionnels de l'achat-vente d'objets anciens et usagés aiment moyennement qu'on les comparent aux vide-greniers, même s'ils aiment bien venir y faire de bonnes affaires tôt le matin. Qu'ils soient brocantes, puces ou vides-greniers, on trouve des perles dans ces rendez-vous généralement très festifs, joyeux et populaires. Pour certaines communes, c'est devenu un grand rendez-vous annuel.

Joli mélange des genres

La revente d'objets anciens (surtout de vêtements) était plutôt mal vue à l'origine. Bourgeoisie et aristocratie ne s'en mêlaient pas. L'origine de ces foires vient souvent de cette autorisation qui était donnée aux domestiques d'aller revendre les habits qu'on leur avait donnés. Leur esprit a aujourd'hui changé. Prétextes à des fêtes de villages, de villes et de quartiers, ces manifestations fabriquent un joli mélange des genres, et l'on s'y retrouve sans considération de rang et de classe.

Aide aux associations

Les vide-greniers, et tous leurs cousins, cousines et dérivés, c'est aujourd'hui la troisième source d'objets d'occasion, après les sites de vente en ligne (Le bon coin notamment) représentant 40% des achats, et les magasins de dépôt-vente (Troc de l'île et autres). Mais en pratiquant le vide-grenier, souvent, vous apportez aussi une aide à une ou des associations locales qui trouvent là une source nouvelle de financement de leurs activités.

Étude des modes

Lorsque vous flânez dans les allées de ces braderies, il est même probable que vous croisiez quelques sociologues, voire des économistes étudiant les cycles des objets. Le vide-grenier est un excellent baromètre des modes, qui vont et viennent et parfois vivent ce que vivent les roses. Il y a des objets que l'on dégote assez facilement aujourd'hui (et très peu chers) et dont la valeur explosera dans dix, quinze ou vingt ans. On les retrouvera derrière les vitrines de chics brocanteurs ou, qui sait, de prestigieux antiquaires, et tout ça, vous savez quoi ?... à des prix ne défiant pas toute concurrence.

Des histoires à peine croyables

Mais la fluctuation des prix s'explique parfois tout autrement. Une erreur, une mauvaise estimation, une méconnaissance de la valeur réelle, un hasard, un oubli. Ce qui a donné lieu à des histoires à peine croyables dans cette grande histoire des foires à tout. Le site franceinfo.tv rapporte cet exemple stupéfiant : un jour, dans une brocante américaine, un gars achète un petit bol chinois, trois dollars. Il s'agissait en fait d'une pièce rarissime, qu'il revendra six ans plus tard chez Sotheby's... 2,2 millions de dollars. Jolie pirouette, bravo Monsieur !

Garder l'essentiel

Certes, on peut devenir riche en traînant ses grolles dans les vide-greniers. On peut tester la durée de vie d'une couleur. On peut renflouer les comptes de son association. On peut changer de déco de salle à manger tous les ans, faire de la place dans sa cave (pour y coller tout ce qu'on a chiné ailleurs). On peut même s'exercer pour attraper la bosse du commerce... on peut y faire plein de choses. Mais gardons en tête l'essentiel : on peut goûter l'atmosphère inimitable de la France des marchés.

V.H.

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