Le vrai du faux sur la SNCF

C'est un des sujets préférés des Français et des médias : les trains qui arrivent en retard ! Qui n'a pas un jour pesté contre la société nationale, envoyant au diable son PDG pour un train traînard ou volatilisé des tableaux d'affichage ? La gestion des trains en France est-elle si catastrophique ? Plongeons-nous dans quelques chiffres pour démêler le vrai du faux.

Un départ toutes les 6 secondes

« Le train de la vie, c'est un petit train qui va des montagnes de l'ennui aux collines de la joie ». C'est Gilbert Bécaud qui nous servait ce joli couplet. Si la SNCF, ses trains et ses gares, continuent de verser dans nos mémoires des tonnes de souvenirs merveilleux, ils désignent aussi une aventure industrielle et humaine complexe, des histoires de gros sous et une horlogerie en forme de casse-tête : il y a un départ de train toutes les six secondes en France.

2017 : année record

Le PDG de la SNCF, Guillaume Pépy, l'a récemment annoncé : 2017 est une année top ! « Cela tient au retour en force du train, bien au-delà de ce qu'on avait prévu, notamment parce que tout ce qui concerne le TGV a cartonné en 2017 ». La hausse de fréquentation pour le TGV (+10%) n'est pas isolée, les Intercités et les TER affichent également des pourcentages en croissance : +8 et +4,6.

Objectif : doubler le nombre de voyageurs...

Et ce n'est pas fini ! La SNCF roule avec l'objectif de doubler le nombre de passagers TGV dans les prochaines années (de 7 à 14 millions), grâce aux TGV à bas coût, le Ouigo. Cette hausse de fréquentation a une incidence sur les retards. C'est un des points faibles révélés dans une récente enquête du Parisien : « le matériel est de plus en plus sollicité avec l'augmentation du nombre de passagers. Les temps de maintenance ont donc été réduits pour en augmenter l'utilisation et le matériel tombe plus souvent en panne ».

Des causes de retard diverses

Les causes des retards sont nombreuses : actes de malveillance, « éléments extérieurs, tels que des suicides, des animaux sur la voie, des malaises de passagers... », mauvaise météo, « feuilles mortes, neige, vent, canicule... », panne d'alimentation électrique, travaux sur les voies, bugs informatiques, etc. Grosso-modo, 25% des retards sont dus à « des causes extérieures », les autres étant de la responsabilité de la SNCF, dont les pannes de matériels et manque de personnel.

9 trains sur 10 à l'heure

Mais, au fait, qu'en est-il de ces retards de train ? Sont-ils aussi nombreux qu'on le dit ? Oui et Non. Non, parce que globalement neuf trains sur dix arrivent à l'heure. Oui, parce que 10% reste un chiffre rondelet. Il faut savoir que la SNCF considère qu'un train est en retard au-delà de cinq minutes de retard. Mais les Français « ont une petite astuce pour comptabiliser les retards », souligne le quotidien 20 Minutes. La SNCF n'intègre dans ses chiffres que les trains arrivées au-delà de 5 minutes 59 secondes de retard (contre 5 minutes et 1 seconde ailleurs en Europe).

Meilleurs que les Italiens, moins bons que les Allemands

La France se situe plutôt parmi les mauvais élèves, avec 89,4% de trains à l'heure. L'Allemagne fait un peu mieux que nous (94%), les Italiens sont moins ponctuels (86%), les rois de l'horloge restant les Japonais dont 2% seulement des trains n'atteignent pas la gare à l'heure indiquée. En France, ce sont les TER et trains de banlieue qui plombent les statistiques. Sur les grandes lignes, on est plutôt meilleurs que les autres en Europe.

Outil d'aménagement du territoire

À la décharge de la SNCF, elle ne maîtrise pas tout. Certains disent « heureusement ! », d'autres le regrettent (chacun son point de vue, nous n'entrerons pas dans ce débat). « 100% publique, la SNCF suit la feuille de route écrite par le Gouvernement », souligne Vincent Vérier, du Parisien. Par ailleurs, les TER et Transiliens, dont « les recettes commerciales (billets de train) représentent 27% du revenu total de l'activité », vivent grâce aux subventions des collectivités pour lesquelles le train reste un outil d'aménagement du territoire essentiel.

Équilibre difficile

Entre la rentabilité recherchée, sur un réseau où « 80% des circulations de trains de voyageurs s'effectuent sur 27% des lignes », et la volonté de maintenir le train à peu près partout pour des raisons sociales, économiques et environnementales, l'équilibre est évidemment difficile à trouver. Tout n'est donc pas aussi simple qu'on le pense. Et bien qu'il nous agace parfois (ou souvent), on aime notre train. La preuve avec ce sondage IFOP sur les transports collectifs (2016) : 70% des Français préfèrent le train au covoiturage (11%), au bus (10%) et à l'avion (7,7%).

Crédit Photo : Wikimedia Commons

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