Les fiancées de l'aventure

8 mars, Journée internationale des femmes, on n'oublie pas Messieurs ! Ni vous, Mesdames. Dans cette journée, le réflexe est souvent de saluer les femmes qui ont œuvré dans les domaines des sciences, des arts ou de la politique, De très grandes dames – de Simone Veil à Simone Signoret, en passant par Marie Curie ou Marguerite Duras – ont vivifié et parfois réveillé le débat intellectuel, elles ont apporté d'immenses progrès...

Le club des casse-cou

Mais on a tendance à oublier les sportives, les femmes aventurières, exploratrices et casse-cou. Loin d'assouvir seulement une passion, elles ont féminisé et créé des métiers, elles ont démocratisé des activités de sport, de tourisme ou de loisirs, elles ont fait progresser l'égalité entre les femmes et les hommes dans des milieux parfois très machistes. Balade à Ajaccio, Brest, Nantes, Limoges, Aurillac, Nancy, Bordeaux, Grasse, Annecy... pour une rapide (et très partielle) revue des troupes !

Louise, la corsaire

Corsaire ! Voilà un mot qui sied aux mecs. Et pourtant... Connaissez-vous Louise Antonini ? Elle est née à Ajaccio en 1771 et sa vie est un roman (pas toujours gai). Déguisée en homme (on l'appelle alors Louis), elle embarque sur plusieurs navires avant d'entrer dans l'armée. Elle va y décrocher un grade de sergent, avant d'être faite prisonnière par les Anglais. Elle finira sa vie dans la pauvreté, ouvrière dans une briqueterie de Brest, puis s'éteindra à Nantes dont une rue porte aujourd'hui son nom.

Jeanne, la botaniste

Elle aussi va devoir se travestir pour mener ses activités de botaniste et exploratrice. Jeanne Barret, la Bourguignonne, née à La Comelle en 1740, est la gouvernante, puis la compagne, d'un célèbre naturaliste. Elle embarque avec lui un beau matin, pour une expédition sur « L’Étoile », sous le nom de Jean Barret. Mais ses compagnons de bordée découvrent la supercherie et débarquent le couple à l'Île Maurice. Après la mort de son compagnon, Jeanne redevenue Jeanne ouvre une taverne à Port-Louis. Elle reviendra plus tard en France, s'installant dans le Périgord avec le titre imprenable de « première femme à avoir fait le tour du monde ».

Marie-Louise, la pétroleuse

D'abord piqueuse (sur cuir, pas dans la caisse) dans une usine de chaussures, Marie‑Louise Bombec, native de Limoges, prend soudain goût à l'avion. Le fait est rarissime, car elle est une femme et nous sommes en 1922. Après avoir obtenu son brevet de pilote à Bordeaux, elle multiplie les records mondiaux. Elle multiplie aussi les engagements : pétroleuse auprès des femmes qui réclament le droit de vote ; généreuse avec la Croix Rouge, pendant la Seconde Guerre mondiale, où elle assure en parallèle un rôle d'agent de liaison pour les Alliés.

Marie, la reine de l'air

Engranger les records mondiaux, Marie Marvingt ne s'en prive pas non plus. Native d'Aurillac, elle est pilote et bien plus encore ! Celle qu'on appelait « la fiancée du danger » ou « la reine de l'air » est une polyvalente hors du commun : aviatrice, alpiniste, jongleuse, voltigeuse, trapéziste, nageuse, elle fait aussi dans le vélo. Sa mère décédée, elle s'installe avec son père à Nancy en 1889 et devient femme de ménage. Elle relie l'année suivante Nancy à Coblence en canoë. Elle sera aussi l'une des premières femmes à empocher un permis de conduire, la première à inventer un engin pour l'aviation sanitaire, et la seule à faire ce coup aux organisateurs du Tour de France : en 1908, sa candidature pour la Grande Boucle est rejetée. Pour Miss Marvingt, pas question de jeter l'éponge, elle prend la route quand même, suivant de quelques heures le peloton des mâles.

Élise, la baronne

C'est elle, la première, qui décroche en 1910 un brevet de pilote d'avion. La Parisienne Élise Deroche – bientôt nommée « la baronne de Laroche » – n'est pas que comédienne et peintre, elle est passionnée d'avions, d'automobiles et de motos. En 1914, quand sonne le triste signal de la guerre, elle offre ses services à l'armée. Les autorités militaires refusent. Qu'à cela tienne, Élise prend le volant et conduit les officiers sur les routes menant au front.

Jeannie, la victorieuse

Notre époque n'a pas vu ce club des casse-cou se dégonfler. Femmes engagées, généreuses, courageuses, pirates et princesses, pionnières, aventurières et grandes sportives, elles continuent d'allumer les colonnes de nos canards. Je vous conseille, par exemple, une randonnée (épuisante) dans le palmarès de Jeannie Longo. Au-delà de ses 38 records du monde et de ses trois victoires sur le Tour de France, l'Annécienne affiche au compteur 1200 victoires au total ! Elle a incontestablement féminisé un sport populaire jusqu'ici réservé aux hommes.

Florence, la fiancée de la mer

« La fiancée de l'Atlantique » eut le toupet de naître loin de la mer, à Boulogne‑Billancourt ! Première navigatrice à remporter la fameuse et masculine Route du Rhum, en 1990, Florence Arthaud inscrit ensuite sur son pedigree la première place de la Transpacifique, aux côtés de Bruno Peyron. Avant de se tuer dans un accident d'hélicoptère, elle envisageait la création d'une course en mer exclusivement féminine.

Michèle, le beau volcan noir

Le sport automobile, qui se conjugue bien au masculin, n'a pas échappé aux audacieuses. Rien ne prédestinait Michèle Mouton, née à Grasse, fille d’horticulteurs et décidée à devenir éducatrice spécialisée, à épouser un volant. Autour des circuits, de nombreux journalistes l'appelaient « le joli volcan noir ». Victorieuse ou joliment classée sur de nombreux circuits mondiaux, elle a reçu en 1977 le prix international Monique-Berlioux, récompensant chaque année « la performance féminine la plus remarquable ».

Et Jeanne, alors ?

On en oublierait presque Jeanne d'Arc, remarquable cavalière qui a rendu quelques services au royaume de France et lui a offert le droit de croire en la parité dans le sport hippique... et plus, si affinités (et on l'espère !) Pour conclure, donnons la parole à la gent masculine, à l'un de ses plus féministes représentants, j'ai nommé Jean Ferrat : « La femme est l'avenir de l'homme », chantait-il. Ça se pourrait bien, Jeannot !

V.H.

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