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Lieux de mémoire

Lieux de mémoire

ACTUALITÉ DU 07/05/2020

8 mai 1945, 8 mai 2020, 75 ans nous séparent d'une victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie. Ce jour signait la fin d'une des plus sombres périodes de notre histoire. De nombreux Français entretiennent notre mémoire collective et ce jour est aussi un hommage qu'on leur rend. Au delà de ce 8 mai férié et commémoratif, il est possible – et même recommandé – de cultiver tout le temps, ou souvent, le souvenir de nos héroïques aïeux, combattants et résistants, civils et militaires, femmes et hommes blessés, tués ou meurtris à jamais. De nombreux lieux en France nous permettent de rallumer la flamme du souvenir, dont certains sont très adaptés aux visites familiales et aux enfants, avec des parcours pédagogiques. Y compris pendant nos vacances, on peut mêler ce travail de mémoire, l'apprentissage de notre histoire et la découverte de sites très émouvants. Voici quelques exemples.

Le Mémorial de Caen, dans le Calvados.

Cette terre normande a vu les opérations de Débarquement se déployer à partir du 6 juin 1944. De nombreux sites en Normandie vous le rappellent. L'incontournable des incontournables est le Mémorial de Caen, probablement le plus grand musée français sur la Seconde Guerre mondiale. En fait, c'est beaucoup plus qu'un musée portant sur ce conflit, il expose et explique les faits, des origines de la guerre – la montée du fascisme en Europe dans les années 30 – à la fin de la Guerre froide, vers 1990. Il intègre donc la construction européenne. Pour les enfants et les ados, un vaste espace pédagogique leur vient en aide pour comprendre cette époque complexe, par niveau d'études, de l'école à l'université.

Le Mémorial de la Résistance de Vassieux-en-Vercors, dans la Drôme.

Au sud de Grenoble, à l'est de Valence, ce village est l'un des grands symboles du célèbre maquis du Vercors. Ce secteur est connu pour avoir, dès 1940, transformé sa vocation d'accueil touristique en accueil de réfugiés. Puis une organisation de résistance s'est mise en place, aidée par un environnement naturel, constitué notamment de falaises. L'architecture massive du mémorial, recouverte de végétation « respecte le site naturel et historique : trouvant abri au sein de la roche, entouré de pins et de genévriers, ce bâtiment est dissimulé tout comme le furent les hommes et les femmes qui se réfugièrent dans la clandestinité. Cette architecture rappelle l'image du Vercors forteresse, mais aussi ses falaises calcaires et les heures sombres de ce maquis ».

Le camp du Struthof, dans le Bas-Rhin.

L'installation, à cet endroit précis, de ce camp d'extermination est due à la richesse naturelle de la région, à son granit rose. L'idée des Nazis étaient de le faire extraire par les Déportés, majoritairement des Résistants. Le Struthof fut le seul camp d'extermination implanté sur le territoire français. 52 000 personnes y ont été enfermées et torturées, 22 000 y sont morts. « Ce camp était également connu pour ses expériences médicales pseudoscientifiques ». Une exposition permanente, « pour avoir une vue globale de la Résistance et de la Déportation européennes » a été élaborée sur place. Sa visite est recommandée avant de se rendre sur le site... toujours dans le respect des victimes et de leurs familles.

Le Centre de la mémoire et le village d'Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne.

Chaque année, 300 000 personnes visitent Oradour-sur-Glane, près de Limoges. Pour conserver les traces du massacre de 642 femmes, enfants et hommes par une division SS le 10 juin 1944, ce village est resté en l'état. Ce sont des ruines que l'on visite. Elles furent classées Monuments Historiques en 1946. « Mais les ruines seules ne pouvaient pas continuer à perpétuer un message de mémoire et de paix ; le temps accomplissant son œuvre de dissolution, le moment était venu de fixer cette mémoire spécifique et d'expliquer au visiteur, par un travail d'historien, ce que fut le drame du 10 juin 1944 ». Un Centre de la mémoire a donc été érigé et inauguré en 1999 « pour que le visiteur entame un cheminement explicite, historique et pédagogique, dans une exposition permanente, émotionnel et mémoriel dans le village martyr. Le Centre, situé entre les ruines et la vallée de la Glane, adossé à un talus, s'efface au profit du village martyr ».

Le Mémorial du Débarquement de Provence, dans le Var.

Il y eut en juin 1944 l'opération « Overlord », baptisant le débarquement de Normandie. Quelques semaines plus tard, en août 1944, venait le temps de l'opération « Anvil Dragoon ». Winston Churchill avait lui-même ajouté le mot « dragoon », signifiant « contraint », car il n'était pas très chaud pour ce débarquement, il voyait les choses autrement. Toujours est-il que l'objectif, notamment de Charles de Gaulle, était que les troupes d'Anvil Dragoon libèrent Toulon et Marseille puis remontent vers le nord pour rejoindre les troupes d'Overlord. Appuyée « par une riche collection d'objets (radios, matériels de sabotage, faux-papiers...), le Mémorial retrace cet épisode de la Seconde Guerre mondiale à travers « cinq salles dédiées respectivement à chacune des nations présentes lors des combats d'août 1944 : Grande-Bretagne, États-Unis, France, Canada, Allemagne ».

Le 7 mai 1945, à 2h31 du matin à Reims...

Des centaines d'autres lieux en France nous renvoient vers ces heures tragiques et héroïques, par exemple le Musée du Débarquement à Arromanches (Calvados), le Mémorial de l'internement et de la Déportation de Compiègne (Oise), le Mémorial de la Shoah à Drancy (Seine-Saint-Denis), le Site Mémorial du camp des Milles à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le Musée de la reddition à Reims (Marne), constitué autour de la salle historique où fut signé l'acte de capitulation des Allemands le 7 mai 1945 à 2h31 du matin... Pour se recueillir et se souvenir, beaucoup de Français se rendent aussi, tout simplement, près d'un monument aux morts, souvent communs aux deux Guerres mondiales. Ces monuments représentent une riche randonnée patrimoniale, mêlant l'histoire, le souvenir, l'architecture, la découverte d'un territoire et des anecdotes parfois étonnantes. Il y a environ 40 000 monuments aux morts en France, la plupart érigés dans les années immédiatement après la 1e Guerre mondiale.

Quand les monuments aux morts vous parlent...

Si le tourisme de mémoire vous intéresse, arrêtez-vous sur les monuments, ils vous parlent. C'est encore mieux si vous êtes en famille, avec vos enfants, c'est une façon de leur expliquer ces tranches de vie et d'histoire, à la fois tristes et glorieuses. Dans ce grand musée de France à ciel ouvert, il y a d'abord la collection des grandioses, immenses monuments flanqués de tombes à perte de vue. Pour flâner et vous recueillir au cœur de ces atmosphères particulières, vous pouvez par exemple vous rendre à Ablain-Saint-Nazaire, dans le Pas-de-Calais. C'est la plus grande nécropole militaire de France, où reposent 45 000 soldats. Impressionnant aussi, l'ossuaire de Fleury-devant-Douaumont, près de Verdun, dans la Meuse, avec son vaste monument qui s'élance vers le ciel. La plupart des monuments aux morts sont d'une seule couleur. Vous en trouvez tout de même des colorés, avec des soldats qui semblent sortir d'une planche de BD, comme à Ville-en-Tardenois, dans la Marne.

Où trouve-t-on le monument aux morts le plus ancien de France ?

Mais tous les monuments n'arborent pas des soldats, on trouve des coqs, des couronnes, des palmes, des rameaux d'olivier, des casques, des canons, des gerbes de blé, celles-ci représentant « une jeunesse fauchée ». La gerbe de blé incarne aussi les civils, restés dans les villages pour travailler et comptant aussi de nombreuses victimes. À Lodève, dans l'Hérault, le monument est composé de quatre femmes et deux enfants pleurant la perte d'un être cher. Il en est de même à Guéméné-sur-Scorff, dans le Morbihan, où une femme et un enfant dominent le cœur de l'édifice. Ils sont en costume traditionnel, à l'instar d'autres monuments en France révélant des thématiques régionales et parfois une sensibilité régionaliste. Au-delà du caractère mémoriel, certains monuments sont de véritables œuvres d'art, réalisées par de grands sculpteurs, dont Paul Bourdelle. En 1902, ce disciple d'Auguste Rodin réalise une œuvre splendide, commémorant la guerre de 1870/71, à Montauban, dans le Tarn-et-Garonne. Une partie des monuments aux morts de France est classée parmi les Monuments Historiques, c'est-à-dire qu'ils sont protégés et représentent un réel intérêt artistique et historique. C'est le cas de l'un des monuments aux morts de Nancy, en Lorraine, « la Porte Désilles » qui est aussi le plus vieux monument aux morts de France (c'est un arc de triomphe). Il fut bâti entre 1782 et 1784 pour honorer les Lorrains partis se battre contre les Anglais, pour l'indépendance de l'Amérique.

Et le monument le plus pacifiste ? Le plus insolite ? Le plus féminin ?

Sur les monuments, sont gravés de nombreux mots teintés d'honneur, de gloire, de sentiment guerrier, de devoir, de mémoire, de patrie. On trouve aussi quelques rares monuments pacifistes. Ils sont d'autant plus étonnants quand on sait qu'ils ont été élevés juste après la Premièree Guerre mondiale, où la France baignait dans une ambiance à la fois meurtrie et victorieuse, conquérante et toujours un peu guerrière. Le monument le plus pacifiste est probablement celui de Gentioux, dans la Creuse. Sur un piédestal, près de l'inscription « Maudite soit la guerre », un enfant lève le poing serré. On trouve quelquefois les inscriptions « Guerre à la guerre » ou « Paix entre tous les peuples ». A quelques heures de la Journée de l'Europe (9 mai), finissons cette balade avec un monument possiblement le plus européen, et peut-être en même temps le plus féministe et féminin. Il est à Sarre-Union, en Alsace, pas très loin de Strasbourg. De multiples symboliques se connectent en un même lieu. Sur la place de la République, une femme habillée d'un drapeau européen libère une colombe. Certains ajoutent « le geste des bras tendus, comme une prière, et les mains en coupe pour une offrande, le sacrifice de nos soldats ». De la colombe au pigeon, il n'y a qu'un pas. Il nous conduit à Lille, qui abrite le monument aux morts le plus insolite. C'est unique en France. Le monument est dédié... aux colombophiles et pigeons morts pour la France. Aucune provocation n'a présidé à l'installation de ce monument, il rappelle juste l’œuvre des dresseurs et éleveurs de pigeons-voyageurs, très utilisés pendant les Première et Seconde Guerres mondiales dans le cadre de la guerre du renseignement. 


Vianney Huguenot

Journaliste, hexagone-trotter, également chroniqueur en radio, animateur en télévision et auteur au Petit Futé, il sillonne la France depuis plus de vingt ans, alternant les coins méconnus et les pépites incontournables du tourisme français.