Parcours de Gaulle

Quelques dates font des piliers de notre histoire de France. Une France résistante, révolutionnaire, meurtrie, victorieuse, conquérante ou généreuse. Citons les 14 juillet 1789, prise de la Bastille, 28 mars 1882, loi sur l'enseignement obligatoire, 20 juin 1936, loi sur congés payés, 5 octobre 1944, droit de vote aux femmes (bé oui, c'est pas si vieux !)...

Clope sur clope

Parmi ces dates, le 18 juin 1940 – il y a tout juste 78 ans – occupe une place majeure. Ce jour là, à 18 h, un général français en exil à Londres prend la parole à la BBC... et sauve l'honneur. Il est arrivé la veille à Londres et peaufine son discours (en fumant clope sur clope). Ce célèbre appel ne sera pas uniquement diffusé sur la BBC, il sera repris par des journaux britanniques... et – c'est moins connu – par quelques journaux français, dont Le Petit Provençal, qui en fait sa une, le 19 juin 1940.

9 rue Princesse, à Lille

Cela va intéresser les adeptes du tourisme de mémoire : on peut faire de Charles de Gaulle, devenu mythe, un parcours touristique passionnant et parfois insolite. Logiquement, on va l'entamer par Lille, où il est né. Un musée évoque son histoire, abrité dans sa maison natale, au 9 de la rue Princesse à Lille. « Cet ensemble muséal est aujourd'hui un lieu composite, à la fois musée et centre culturel multimédias, offrant de multiples activités destinées aux scolaires et au grand public ».

15 avenue de Breteuil, à Paris

La visite des lieux où vécurent les grands hommes (et les grandes femmes !) procure généralement une émotion. C'est le cas à Lille. À Paris, vous ne pourrez pas entrer dans la maison, mais l'émotion parfume quand même l'avenue de Breteuil, notamment quand vous passez devant le numéro 15, où la famille du grand Charles a vécu à partir de 1890. Ici, c'est toute l'enfance de de Gaulle, le temps du petit Charles barbotant dans les bacs à sable (le temps de la pelle du 18 juin !)

La tenue de sous-préfet de Jean Moulin

Restez un peu à Paris, où cent lieux vous rappellent (encore elle!) l'épopée formidable de Charles de Gaulle. Allez par exemple au Musée de l'Ordre de la Libération. C'est à l'Hôtel des Invalides et vous y découvrez plus de 2000 pièces rappelant les parcours des Compagnons de la Libération. « Le visiteur peut notamment y voir les vêtements civils et la tenue de sous-préfet de Jean-Moulin » (qui fut sous-préfet de Châteaulin, à quelques kilomètres de l'Hôtel Club Cap France de Ker Beuz).

En Champagne et à Metz

Pour connaître mieux de Gaulle, il faut aller naviguer en Champagne, c'est un incontournable. D'abord, les origines de sa famille sont là. Et c'est dans cette région magnifique (bien trop méconnue) qu'il choisit de s'installer en 1934. Il achète à Colombey les Deux Églises « la Boisserie », idéalement placée entre Paris et l'est de la France où sont concentrées des garnisons. De Gaulle dirigera notamment, de 1937 à 1939, le 507e régiment de chars, basé à Metz. Il habite alors à Montigny-lès-Metz, près de la rue du Génie (une plaque indique la maison).

Dans son bureau de la Boisserie

C'est pour les paysages et le calme des lieux que de Gaulle achète à Colombey une vieille bâtisse défraîchie. Il compte y écrire. C'est d'ailleurs ici qu'il rédige ses Mémoires de guerre, dans son bureau de La Boisserie (photo) que vous pouvez visiter. À visiter aussi à Colombey la majestueuse Croix de Lorraine (en grès rose de Bretagne), la tombe du général et bien sûr le Mémorial, espace très actif et utile pour le réveil des mémoires. À noter : l'ouverture à l'été 2019 d'un nouvel hôtel club Cap France, au bord du lac de la Forêt d'Orient, à Mesnil‑Saint‑Père (c'est à 50 km de Colombey).

La rocambolesque histoire de sa 2CV

Alors qu'il réside à Colombey, de Gaulle écrit donc beaucoup. Il se balade aussi, il va voir « sa France », comme il dit, sans escorte, seul à bord de sa Traction. Il roule aussi en 2CV, celle de son épouse Yvonne. Une vieille deudeuche qu'il ne conduit pas car ses genoux touchent le volant. La petite Citroën va terminer un jour sa course au fossé. Cet épisode de la vie privée des de Gaulle n'a été révélé que récemment (suite à déclassification de documents secret Défense).

Il demande un jour à Yvonne de préparer un pique-nique, et voilà Yvonne et Charles partis en goguette dans la campagne champenoise. Alors qu'ils entament les réjouissances, Yvonne s’aperçoit que la 2CV se fait la malle. Imaginez le grand Charles courir derrière à toutes jambes... Il paraît qu'Yvonne a pris un savon, elle avait oublié de serrer le frein à main.

À Marly-le-Roi, Bayeux, Strasbourg...

En Champagne, Charles de Gaulle va y vivre une grande partie de sa « traversée du désert ». C'est surprenant mais un an et demi après la Libération qui le hisse au rang des héros, de Gaulle est presque seul. Il ne reviendra au pouvoir qu'en 1958. De 1946 à 1958, il sera donc souvent à Colombey, mais il résidera un temps à Marly-le-Roi, dans un pavillon de chasse (en 1946, pendant les travaux de rénovation de la Boisserie qui a été pillée).

Un parcours de Gaulle vous emmène aussi à Bayeux. C'est là, en juin 1946, que Charles de Gaulle évoque pour la première fois son projet de nouvelle constitution (qui ne verra le jour qu'en 1958). Allons aussi à Strasbourg, où il annonce en avril 1947, la création du RPF (Rassemblement du Peuple Français), parti qui va marquer la Ve République.

Les draps de de Gaulle

On imagine mal aujourd'hui le Charles de Gaulle de ces années de traversée du désert. Il parcourt la France, de façon simple et loge souvent chez l'habitant, chez des amis ou des proches du RPF. Ainsi, des centaines de Français l'ont reçu et chacun possède un tout petit morceau de cet immense musée insolite Charles-de-Gaulle, hélas pas visitable.

À Vecoux, par exemple (dans les Vosges, à quelques kilomètres du village vacances Les 4 Vents de Ramonchamp), la famille de l'hôte de Charles de Gaulle a précieusement conservé les draps dans lesquels l'auteur de l'appel du 18 juin avait dormi. Ils n'ont, depuis, jamais été réutilisés.

V.H.

Crédit Photo : Mémorial Charles-de-Gaulle

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