Route des forçats...

Je vous emmène plusieurs jours en balade sur quelques grandes routes de France, dont certaines sont devenues mythiques. Nous voici sur celle, peu connue, nous menant de Brest à Marseille : la route des forçats. Elle nous rappelle aussi le Tour de France et l'expression, elle aussi mythique, des « forçats de la route ».

...et forçats de la route

Tous les Français savent qui sont « les forçats de la route ». Car tous les Français ont un jour suivi le Tour de France. L'origine de cette expression est moins connue, moins glorieuse. C'est le journaliste Albert Londres qui l'inventa. Natif de Vichy (photo : sa maison natale), il deviendra l'un des journalistes les plus célèbres au monde. Un prix prestigieux porte son nom et bien des journalistes rêvent de l'avoir un jour sur un CV.

Au café de la gare de Coutances

En 1924, ça râle dans le peloton. Trois coureurs notamment mènent la fronde, dont Henri Pélissier, vainqueur de la Grande boucle en 1923. L'objet de leurs protestations : des cadences infernales. Lors de l'étape Cherbourg - Brest, les trois contestataires abandonnent et se rejoignent au café de la gare de Coutances.

Le pif d'Albert

Alors journaliste au Petit parisien, concurrent de L'auto (qui organise le Tour), Albert Londres a du pif. Il est déjà à Granville mais il sent le coup de Trafalgar. Il revient sur ses pas et retrouve les trois cyclistes au café qui lui déballent « la cocaïne et les pilules qu'ils prennent pour tenir ». Le lendemain, son article, titré « Les forçats de la route », a l'effet d'une bombe. Si le café de la gare n'est plus aujourd'hui – il a été rasé en 1998 – la formule des forçats de la route est toujours en vie, devenue une légende.

De Brest à Marseille

La route des forçats, c'est autre chose. On l'appelle ainsi sans qu'elle soit officiellement baptisée. Elle va de Brest à Marseille, une diagonale de 800 kilomètres, un calvaire pour les condamnés, passant de ville en ville : Angers, Tours, Vierzon, Moulins, Roanne, Lyon, Orange, Avignon... Des milliers de galériens l'ont empruntée dans des conditions épouvantables.

Monstrueuse caravane

Nous sommes à la fin du XVIIe siècle et Colbert et Louis XIV ont besoin de bras pour activer la flotte royale. Les condamnations s'additionnent donc, plus ou moins justifiées, et la triste cohorte ramasse les condamnés au fil de la route. Objectif : les conduire à Marseille. Dans les villes, l'arrivée bruyante de ces hommes enchaînés constituait un vrai spectacle. « On se pressait pour voir passer la monstrueuse caravane », écrit l'auteur du livre « Voyage sur les routes de France ».

Forcément...

On ne peut bien sûr comparer les forçats du Tour et ceux des galères de Louis XIV. Seule la langue française les réunit finalement, le mot « forçat » venant de « forzare » (forcer). Forcément, l'on peut être forcé différemment, forcé à mener divers faits ou méfaits. On se dit tout de même, sans forcer le trait, que cette route des forçats pourrait avoir un intérêt touristique et mémoriel. Il n'en est rien pour l'heure.

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