Travailleurs handicapés : Cap France s'engage

Alors que vient de s'achever la Semaine Européenne pour l'Emploi des Personnes Handicapées (SEEPH), nous nous rendons dans deux villages vacances Cap France : à Maurs-la-jolie, dans le Cantal, à la Châtaigneraie et sur l'île de Noirmoutier, aux Quatre Vents, en Vendée. Deux villages (parmi d'autres dans le réseau Cap France) qui ont fait de l'intégration des travailleurs handicapés une réalité quotidienne... qui plaît aux vacanciers.

Un atout pour l'entreprise

C'est souvent une histoire d'image. Longtemps (et encore aujourd'hui), on a assimilé la présence de personnes handicapées dans l'entreprise... comme un handicap. Incontestablement, c'est un atout, parce qu'ils participent à la diversité d'une équipe de salariés. Pour faire évoluer cette perception, notamment chez les chefs d'entreprise, des initiatives sont menées.

Ouvrir nos yeux

L'une de ces actions est conduite à l'échelle européenne, par l'association LADAPT, « engagée pour la citoyenneté des personnes handicapées » avec de nombreux partenaires, publics et privés, dont France Télévision, RTL, Vivendi ou l'AGEFIPH (Association de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées). Voilà 22 ans que LADAPT crée et recrée cette Semaine Européenne qui ouvre nos yeux.

Faire tomber des murs

Placée sous le double patronage du Président de la République et du Parlement européen, la SEEPH sensibilise et ouvre les esprits (et les perspectives). Elle abat des murs (d'incompréhension ou d'indifférence) : « Il y a peu encore, cette manifestation paraissait presque démesurée, alors que pour de nombreux employeurs publics et privés, le handicap ne rimait absolument pas avec compétences », explique Emmanuel Constans, président de LADAPT.

8000 entretiens professionnels

Au-delà de la sensibilisation – qui progresse – la SEEPH permet aussi de mettre en relation des recruteurs avec des personnes handicapées en recherche d'emploi. Lors de la Semaine 2017, 8000 entretiens ont ainsi été organisés. L'enjeu est puissant (économiquement et socialement) quand on sait qu'en Europe, le taux d'emploi des personnes handicapées est seulement de 20%.

Deux villages vacances exemplaires

Depuis plus de trente ans, deux villages vacances Cap France pratiquent cette intégration des personnes handicapées, dans le cadre d'une démarche à la fois rigoureuse et simple. Aux Quatre Vents, sur l'île de Noirmoutier, 70 des 130 salariés sont des personnes handicapées (dont 51% de femmes). La structure associative « les Quatre Vents », que dirige Philippe Herbaut, chapeaute un village vacances et un ESAT (Établissement et Service d'Aide par le Travail), intégré au village vacances.

Aux Quatre Vents, 53% des salariés sont des personnes handicapées

De la même façon qu'on connaît des ESAT (ex CAT) spécialisés dans le conditionnement, le travail du bois, l'imprimerie, la logistique ou la restauration, l'ESAT des Quatre Vents est spécialisé dans le tourisme. Les personnels de cet ESAT noirmoutrin travaillent sur des métiers divers : cuisine, service, lingerie, ménage, entretien technique, aménagement des espaces verts.

Chefs de service formés à l'accompagnement

Ces différents services du village vacances sont donc aussi des ateliers de l'ESAT et « les responsables de ces services sont formés à l'accompagnement des personnes en situation de handicap... mais un chef de cuisine est avant tout un chef de cuisine, tout comme notre maître d'hôtel est d'abord un maître d'hôtel », précise Philippe Herbaut.

Une démarche très bien perçue par les clients

Quant au regard des clients, venus passer leurs vacances dans ce paysage de rêve, le commentaire de Philippe Herbaut est encourageant : « le regard des clients est très positif et notre démarche très bien perçue, à tel point que nous avons un excellent taux de fidélisation. À chaque arrivée, à l'occasion d'un pot d'accueil, nous expliquons notre fonctionnement, nous informons normalement les gens ».

Rendre le handicap transparent

« En fait, nous travaillons à l'intégration des personnes handicapées en rendant transparent le handicap. Ils sont des salariés comme les autres et les clients ne s'y trompent pas : jamais ils ne parlent d'une personne handicapée, ils parlent par exemple de leur serveur, de leur serveuse, ou de la femme de ménage », complète le directeur des Quatre Vents qui évoque le vœu d'une « vie ordinaire » pour ce personnel.

Quand les vacanciers applaudissent

Même son de cloche à la Châtaigneraie, dans le Cantal, où depuis trente ans le village vacances accueille 30 personnes handicapées, des jeunes de 18 à 30 ans. « Côté clientèle, ça se passe très très bien, nous expliquons ce que nous faisons à l'occasion du traditionnel pot d'accueil et nous sommes systématiquement applaudis », se félicite Muriel Darfeuille, directrice du site.

À la Châtaigneraie, 30 jeunes se réadaptent à la vie sociale

À la Châtaigneraie, la structure n'est pas la même. Les Quatre Vents évoluent dans le champ médico-social, tandis que le village vacances de Maurs-la-jolie s'active dans le domaine sanitaire. Dans le Cantal, c'est un centre de réadaptation – « qui fonctionne comme un hôpital » – associé au village vacances : « Ici, ce ne sont pas des salariés, mais des patients ».

Exclus d'une vie normale

L'idée de ce centre de réadaptation, adossé au village vacances, est née à la MSA (Mutualité Sociale Agricole), à l'époque gestionnaire du site. Le handicap de ces jeunes gens est « d'être à l'écart de la société, exclus d'une vie normale ». Muriel Darfeuille : « Nous travaillons à leur réadaptation – à ne pas confondre avec réinsertion – et leurs missions sont variées, en cuisine, en salle, en lingerie, sur nos espaces verts... ».

La clientèle, essentielle !

« Le regard de la clientèle est très bienveillant, et ceci crée un climat et une ambiance sympa, de bientraitance. Ici, nos clients donnent du sens à leurs vacances. Nous leur disons : en venant en vacances à la Châtaigneraie, vous aidez des jeunes à se réintégrer et vous aidez économiquement une région, car ce sont des jeunes d'Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie ».

D'une pierre, deux coups

Des jeunes qui réussissent et repartent ensuite vers une vie normale : « sans nos clients, ça ne marcherait pas », assure Muriel Darfeuille. Des clients qui ne se privent pas pour autant de vacances normales, paisibles, sportives, culturelles, gastronomiques, joyeuses et pleines de souvenirs. D'une pierre deux coups, comme on dit...

V.H.

Retrouvez les interviews vidéos de Muriel Darfeuille et Philippe Herbaut, qui présentent leur site et évoquent l'intégration des personnes handicapées dans leur village vacances :



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