Colmar et ses tentatives d'évasion

Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il y a mille façons de s’évader. Un bon livre, un bon vin, pour commencer. Pour ces deux-là, la capitale du Haut-Rhin saura vous mettre les petits plats dans les grands. Pour les livres, vous prenez par exemple un Voltaire dont je vous parle car il a résidé ici et laissé en héritage une anecdote croustillante. En fait, il avait été viré de la cour du roi de Prusse. Il se pointe alors à Colmar et travaille avec quelques avocats, sur des recherches historiques. Dithyrambique, le Voltaire : « J’ai trouvé à Colmar des avocats qui sont plus instruits de l’histoire de l’Empire qu’on ne l’est à Vienne. Gens d’un mérite solide, communicatifs qui ont de belles bibliothèques et sont entièrement à notre service. Je suis dans le seul pays de France où l’on puisse trouver des secours sur cette matière qu’on ignore parfaitement à Paris. » Puis, constatant que certains Alsaciens doutaient de ses recherches, Voltaire exécuta une volte-face aussi fulgurante qu’un salto arrière de saltimbanque. Il décocha ceci : « Colmar est une petite ville dévote, remplie de tracasseries, où tout le monde se confesse, tout le monde se déteste. ». C’est ce qu’on appelle une tentative d’évasion de ses premières intimes convictions.

En matière d’évasion et de modes de déplacement colmariens, il y a mieux. Vous connaissez bien sûr les incontournables et traditionnels panards, se déplaçant le plus souvent par deux. Vous connaissez aussi l’onctueuse rêvasserie, la chouette trottinette, l’écologique bicyclette, la populaire bagnole, l’associatif autobus, l’entreprenant aéronef, le convaincant char d’assaut. Colmar étoffe la gamme avec des balades au-dessus du vignoble en hélicoptère et des promenades en ville en taxi anglais. Vous voyez que Colmar et la liberté sont intimement liées. À tel point que le concepteur de la grande statue qui lève le bras au ciel, à l’entrée de Manhattan, dite Statue de la Liberté, est tout bonnement Colmarien. C’est Auguste Bartholdi. Et c’est un presque Alsacien, le Vosgien Jules Ferry (il aimait beaucoup les randonnées en Alsace et son épouse, la belle Eugénie, était de Thann), qui signa l’acte de donation de ladite statue aux États-Unis. Jules était alors président du Conseil.

Bien sûr, au taxi-man, pour l’épater, vous lui racontez que vous savez tout ça. Ça va lui friser la moustache, surtout la gauche. N’oubliez pas de le héler, à hauteur de la rue des têtes. « Hep Taxi, stop here, please ! I want to buy some bretzels », vous lui dites. « What else ? », qu’il va vous répondre. Ce n’est pas qu’il se prend pour Boy Georges Clooney, le garçon, mais à Colmar, les occasions de s’arrêter sont nombreuses, tant l’architecture est franchement au top. Mais pour la rue des têtes et sa maison des têtes – remarquable – insistez vraiment ! Et s’il refuse, foutez’y une petite mandale au British. Non mais…

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