Tour de France de l'art naïf

Bof bof, je n'aime pas ce terme « d'art naïf » qui balade son petit air supérieur. Mais il y a pire, certains parlent d'art folklorique ! Grosso modo, en peinture ou en sculpture, c'est l'art de ceux qui ne respectent pas certaines règles, par exemple de la perspective ou des couleurs, ce sont les « hors-normes académiques ». On pourrait dire alors ceci : art indépendant, ou libre, ou spontané, ou de bon gré. Mais bref, on ne va pas réécrire l'histoire de l'art aujourd'hui.

Commençons par la Drôme

Tenons-nous en pour l'instant à ce terme officiel et prenons la route pour un tour de France de l'art naïf. Je vous recommande un démarrage haut en couleurs, en contours et en saveurs : à Hauterives, dans la Drôme. Le Palais du facteur Cheval est subjuguant. Tout démarre en avril 1879 lorsque Joseph Ferdinand Cheval, facteur rural, chute sur une pierre bizarre. Ce sera la première pièce de son œuvre monumentale.

30 bornes par jour

Pendant 33 ans, ce facteur va amasser les coquillages, les huîtres, les escargots mais surtout les pierres, notamment au cours de ses tournées (c'est qu'il faisait quand même trente bornes par jour !). Avec du mortier de chaux, Cheval va bâtir un ensemble exceptionnel, classé Monument historique en 1969, un palais que les plus dingues dessinateurs de BD auraient pu imaginer... peut-être.

À Milly-la-Forêt, dans l'Essonne

Je ne suis pas sûr qu'on puisse inscrire l'artiste Jean Tinguely sous le label « naïf », je dirais davantage « poétique-énigmatique-ironique ». Mais en tout cas il considérait le facteur Cheval comme « un saint ». Pour découvrir l'univers de Tinguely, faites un saut dans le Bois des pauvres, à Milly-la-Forêt : une de ses œuvres géniales illumine les lieux : le Cyclop (photo), un monstre immense, qui n'a qu'un œil, géant, et une bouche d'où sort un toboggan.

Dans l'Yonne, les Yvelines, le Gers, à Nice...

La France compte de multiples musées où l'art naïf est en belle place (et même parfois occupe tout l'espace) : à Vicq dans les Yvelines, à Béraut dans le Gers (le MAN, Musée d'Art Naïf), à Noyers dans l'Yonne (très joli village où est tournée la série télé « Une famille formidable »), à Nice bien sûr, dont le musée d'art naïf Anatole Jakovsky compte 600 œuvres issues de 27 pays... J'en oublie, désolé. Mais je ne peux pas zapper Laval.

À Laval, chez le Douanier Rousseau

Inloupable ! (inloupable n'est pas français, on va dire que c'est de l'art naïf orthographique). Le musée du Vieux château de Laval, essentiellement consacré à l'art naïf, est un incontournable (ça c'est du français académique!). Incontournable parce que vous êtes dans la ville natale d'un grand maître du genre naïf, Henri Rousseau, dit « le douanier ». Je ne vais pas davantage vous baratiner, je ne vous dis que ça : allez-y, ou bien lisez Paul Eluard qui déclarait ceci à propos du douanier : « Ce qu'il voyait n'était qu'amour et nous fera toujours des yeux émerveillés »

À Chartres et Saint-Dizier

L'art naïf est un courant très hétéroclite. Certains considèrent même qu'un amas de vieux objets en tous genres, rangés de façon anarchique, est possiblement de l'art naïf ou de l'art brut. Moi je dis oui, oui et re-oui ! Il y a de tout, en fait, et c'est à chacun de se faire son opinion. Perso, j'adore la maison de Piccassiète, à Chartres, couverte de mosaïques et de verres cassés. Piccassiète, c'est ainsi qu'on appelait son auteur, Raymond Isidore, « qui ne connut durant toute sa vie qu'incompréhensions et moqueries ». Dans votre périple naïf, faites aussi une place à Saint-Dizier et à son remarquable et lumineux « Petit Paris ».

Photo : Le Monde

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