Cahiers de vacances : pour ou contre ?

Vous avez raison, vous vous demandez ce que je viens faire un 25 septembre avec mes histoires de cahiers de vacances ! Pourtant, c'est un 1er octobre qu'est née cette idée de faire bosser les bambins pendant l'été. Retour sur un phénomène de société, et de librairie, qui ne fait pas l'unanimité.

Des ventes d'été bof-bof

Donc, nous voici le 1er octobre 1932, jour de la rentrée des classes. Natif de la région de Grenoble et représentant en papeterie et librairie, Roger Magnard fait le compte et le constat que les ventes estivales sont bof-bof. « Il souhaite trouver un autre pic de vente que celui de la rentrée des classes », explique sa petite-fille, Isabelle Magnard, aujourd'hui directrice générale adjointe du pôle Éducation chez Albin-Michel.

Sauver de l'oubli les acquis de l'école

L'idée de Roger Magnard est de booster les ventes sur le début de l'été. Et bing, lui vient l'idée géniale de créer des cahiers – ou devoirs – de vacances. Outre l'objectif commercial, il présente ainsi la démarche éducative : « Il faut permettre aux enfants de sauver de l'oubli quelques-unes des notions essentielles apprises en classe, tout en les récompensant de l'effort fourni ».

Premier cahier dans la Creuse

Naît ainsi en 1933, dans la Creuse (où habite Roger Magnard), le premier cahier de vacances. Et ça cartonne ! Pour rentabiliser son produit, il avait calculé qu'il lui fallait en vendre 6 à 7 000. Il en écoulera 50 000. Le succès immédiat est aussi dû à la récompense promise, qui intéressait davantage les parents. Une bonne idée, qui poussait les parents à pousser les enfants à se mettre aux cahiers. Des concours du plus beau cahier sont ainsi organisés, avec des récompenses à la clé, et de taille : téléviseurs, bicyclettes et même une Renault 4 CV.

Pétain lui cherche des poux

Avant de créer les éditions Magnard en 1936, il édite son premier livret baptisé « Les cahiers de Loulou et Babeth » et parsemé de coloriages, de jeux, de collages.... Plus tard, au début des années 40, une des éditions propose de colorier le drapeau anglais. Ce qui vaudra à Roger Magnard une convocation au service de la censure du Régime de Vichy... d'autant que l'éditeur demandait aussi aux enfants de réciter le poème de Paul Eluard, « Liberté ». Sacrilège !

Plus de 4 millions d'exemplaires

Les cahiers de vacances ont bien sûr évolué, dans leurs graphismes, leurs contenus, leurs modes de diffusion, avec des versions numériques très ludiques et passionnantes. Si le net, naturellement, s'est emparé de la chose, la formule papier reste un succès : plus de 4 millions d'exemplaires sont vendus tous les ans, produisant un chiffre d'affaires de 25 millions d'euros.

Révision, loisir ou punition ?

Ce qui demeure aussi, c'est le débat entre les pour et les contre. Il est toujours vif et prend parfois des allures humoristiques : voyez cette vidéo très drôle, by Canal +, dans laquelle intervient Isabelle Magnard. Ce débat pourrait se résumer à l'opposition entre les enfants qui y voient un jeu et kiffent grave le bidule, et les enfants qui matent la punition.

Le droit de souffler

Au-delà des enfants, parents, profs et psys sont entrés dans la controverse. Les « contre » avancent plusieurs arguments, dont « le droit de souffler des enfants ». « Les vacances sont faites pour se reposer, y compris les neurones ! Je veille juste à ce que mes filles lisent régulièrement pendant les vacances », dit une mère de famille au micro de France Info.

Stress des parents

Pour certains enseignants, les cahiers de vacances ne permettent pas aux mauvais élèves de combler leurs lacunes, « d'autant qu'il y a absence de professeur », dit l'un d'eux, par ailleurs parent d'élèves. « Si l'enfant est laissé seul face à ses exercices, il ne peut pas apprendre de ses erreurs », précise un directeur d'école. Des propos appuyés par Agnès Florin (dans un article de L'Express), professeur de psychologie de l'enfant à l'université de Nantes : « quand les parents essaient de se substituer à l'enseignant, c'est rarement une réussite. Parce que les lacunes de leurs enfants les stressent, ils peuvent avoir tendance, sans le vouloir, à les dévaloriser ».

Mémoire volatile

Loin s'en faut, tout le monde ne partage pas ce point de vue. Dans ce même article de L'Express, daté de juillet 2018, la psychologue Béatrice Copper-Royer réfute le côté contre-productif du cahier de vacances : « Il peut permettre de consolider des acquis ». Mais elle milite pour un bon timing et la sortie du cahier plutôt en août, plus près de la rentrée : « Les enfants ont une mémoire plus volatile que la nôtre » argue-t-elle.

Éveiller la curiosité

Les parents sont également partagés. De nombreux témoignages révèlent qu'ils ont parfaitement pigé les enjeux, celui des vacances et de la nécessité de se poser, celui d'apprendre, de découvrir, d'éveiller la curiosité de leurs enfants sans leur mettre trop la pression.

« En vacances, on peut faire autrement. L'histoire, on peut l'apprendre en visitant des châteaux, des rues avec des maisons anciennes. Pour peu que les parents achètent un petit guide, ils raconteront l'histoire du roi dans ce château. L'enfant se souviendra du château peut-être aussi parce que papa, ce jour-là, a failli se casser la figure dans un fossé. Tout à coup l'histoire, au lieu d'être un machin qu'il faut mémoriser, s'incarne dans la vie », écrit Isabelle Maury, dans le magazine Psychologies.

Le coup du gâteau

Quant à ce professeur et papa de trois enfants, il a trouvé une jolie ficelle et l'a racontée à France Info : « Je leur fais faire un gâteau, non seulement parce que c'est un moment de partage mais aussi parce qu'ils vont devoir lire la recette et réviser les proportions ». De l'art de faire des maths et du français en amusant son estomac... Bravo papa !

V.H.

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Photo © Le Figaro

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