Plus bleu que le bleu...

Quelques mots qui nous remémorent une perle, écrite en 1953 par Charles Aznavour et chantée par Édith Piaf : « plus bleu que le bleu de tes yeux, je ne vois rien de mieux, même le bleu des cieux ». Un clin d’œil, fleur bleue, à Charles Aznavour qui vient de nous quitter pour des cieux peut-être plus bleus encore. Ouvrons donc en tendresse cette semaine dédiée à la Côte d'Azur.

Oh oui, serre-moi fort

Dans la littérature, vous trouverez peu de mots négatifs sur la Côte d'Azur. Tous les écrivains et artistes sont dithyrambiques. Victor Hugo, grand connaisseur des lieux où l'on prend du bon temps, stations balnéaires et thermales, utilise l'azur pour décrire quelques paradis. Jean Cocteau, grand connaisseur des couleurs, se la joue horticulteur : « la Côte d'Azur est la serre où poussent les racines. Paris est la boutique où on vend les fleurs ». Oh oui, serre-moi fort et offre-moi des forsythias...

Même Michel Audiard

Oui, même l’inénarrable Michel Audiard, grand connaisseur du verbe et génie de la pirouette linguistique, vante les mérites de ladite côte et de sa météo : « À partir de novembre, pour les clochards, il n'y a plus que deux solutions : la Côte d'Azur ou la prison ».

Côte d'Or et Côte d'Azur

Mais, au fait, qui inventa ce terme de « Côte d'Azur » ? Cela paraît surprenant mais la belle formule ne nous vient pas d'un Azuréen. C'est Stephen Liégard, natif de Dijon, qui la créa à la fin des années 1880. Pour baptiser la côte de couleur bleue, il s'est inspiré de son département d'origine, la Côte d'Or. Notons qu'on a échappé à la Côte Bleue, qui nous renverrait à une scène attablée : « et tu la veux comment ta côte, Coco, bleue ou saignante ? ».

Destination mondiale

Stephen était un garçon sérieux, du genre dandy. Il fut député et sous-préfet, mais ce sont ses livres qui restent, les livres d'un voyageur. Sa bibliographie s'ouvre sur des « souvenirs d'un soirs d'été » et nous emmène ensuite dans les Pyrénées avec « Vingt journées d'un touriste au pays de Luchon ». En 1887, il écrit « La Côte d'Azur », se faisant du coup fondateur du nom d'une des destinations françaises les plus connues dans le monde.

De Marseille à Gênes

Dans « La Côte d'Azur », il raconte ses pérégrinations sur ce qu'on appelait à l'époque la « French Riviera », ses haltes dans les villes de Marseille à Gênes, et « cette plage baignée de rayons qui mérite notre baptême de Côte d'Azur ». En fait, pour Stephen Liégard, la Côte d'Azur va de Hyères (Var) à Gênes en Italie. Il exclut Marseille et Toulon.

Un périmètre controversé

Le périmètre de la Côte d'Azur a fait plusieurs fois l'objet de polémiques et de confrontations. Certains le dessinent largement, de Marseille à Menton, dernière ville des Alpes-Maritimes avant la frontière franco-italienne (au-delà, la tradition est de parler de Riviera). À l'ouest, tout le monde y va de son point de vue, faisant démarrer la Côte d'Azur à Bandol, Saint-Tropez ou Cassis... À l'est, tout le monde est d'accord sur une limite à Menton.

Du Var aux Alpes-Maritimes

Tandis que le département des Alpes-Maritimes aime répéter que la Côte d'Azur, c'est lui et d'abord lui, les Français sont plus généreux. Généralement (selon divers sondages), ils intègrent les trois départements dans la Côte d'Azur. Mais seuls deux d'entre eux surfent sur la marque « Côte d'Azur » dans leur communication : les Alpes-Maritimes bien sûr et le Var qui joue sur les deux sites porteurs, Côte d'Azur et Provence. Les Bouches-du-Rhône s'en tiennent à une signature anglicisée « My Provence ».

La Reine Victoria à Nice et Hyères

Avant qu'il devienne officiellement « Côte d'Azur », ce littoral a attiré de nombreux étrangers. Ce sont les Anglais qui tirent les premiers, dès le début du XIXe siècle... avant même les Français qui découvriront plus tard la richesse exceptionnelle de leur « French Riviera ». Entendons-nous bien, quand on dit « les Français », « les Anglais », ce sont les riches Français, les riches Anglais. La Reine Victoria sera une pionnière en la matière. Elle vient régulièrement à Nice et à Hyères.

Les médecins anglais prescrivent... la Côte d'Azur

Un journaliste du Routard explique qu'en 1820 « la ville de Nice comptait déjà plus de 100 familles britanniques, et même une église anglicane ». Nul besoin de chercher très loin d'où vient « la promenade des Anglais ». Les British vont coloniser le littoral, le mot de « colonisation » étant souvent utilisé. « Les Anglais obtiendront même du roi Louis-Philippe l'aménagement d'un port dont l'unique raison d'être consistait en l'importation... de gazon ». Quant à Menton, « la ville était si célèbre pour son climat que les médecins anglais y prescrivaient des séjours à la moindre toux ».

Coureurs de jupons et coureuses de caleçons

Très vite, la Côte d'Azur devient le lieu de toutes les folies. C'est le rendez-vous des fêtards fortunés, fils à papa, têtes couronnées, capitaines d'industrie, filles à maman, amants et femmes fatales, midinettes, play-boys, coureurs de jupons, coureuses de caleçons, la Côte d'Azur est – et demeure – the place to be ! De façon différente, certes, elle est restée l'endroit bâti comme un aimant aux airs d'émeraude bleue, attirant toujours et encore au moindre coup de froid au nord de Clermont-Ferrand.

Picasso, Chagall, Montand, Prévert

Pour peaufiner la destination et lui donner définitivement des allures de paradis, de nombreux artistes sont venus s'installer ici ou y séjourner longuement. Pablo Picasso y vécut près de trente ans, à Antibes, Vallauris, Cannes et Mougins. Il s'inspire des paysages azuréens. Des villes et villages vont devenir des repaires de stars, comme Saint-Paul-de-Vence, où débarquent, notamment pour la célèbre « Auberge de la Colombe d'Or », les Montand, Signoret, Prévert, Matisse, Modigliani... Chagall y vécut et y est enterré.

Colette et BB

Impossible de ne pas citer Saint-Trop', dont la Nouvelle Vague, pour le ciné, et les Yéyés, pour la chanson, vont médiatiser mondialement ce petit port qui, jusqu'alors, naviguait en père peinard. Parmi ses citoyens les plus célèbres, Brigitte Bardot, Colette ou Eddie Barclay.

Biarritz, Vichy ou Cannes ?

Cannes et son festival, également, assoiront la réputation de destination-plaisir de la Côte d'Azur. Cannes n'était pourtant pas assurée d'empocher le festival de cinéma. Son créateur, Jean Zay, avait envisagé plusieurs villes, dont Biarritz, Alger, alors française, et Vichy, qui ne fut pas retenue après guerre, pour cause de nom embarrassant.

De merveilleuses balades

Pour autant, ne réduisons pas la Côte d'Azur à sa concentration de « people », ni même à sa météo invitant à la joie de vivre. L'histoire de ses villes et de sa mer est richissime, bien plus riche que toutes les vedettes qui y sont passés et y passeront encore. Sa nature, ses paysages, et sa géographie sont des appels (du pied) à de merveilleuses balades, en solitaire ou en famille. Sa gastronomie est conviviale et chantante. Elle est un banquet de joie.

V.H.  / Photo : la Baie de Cannes © SEMEC - Perrerard

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