À vos fèves, prêts, partez !

L'épiphanie, c'est demain ! Cette fête catholique rappelle la présentation de Jésus aux Rois mages, venus l'adorer. Melchior, Gaspard et Balthazar étaient arrivés les mains pleines de cadeaux : de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Roi et reine du festin

Cette commémoration religieuse apparaît au VIIe siècle mais à l'origine, l'épiphanie était païenne, romaine, c'était le temps des festivités du solstice d'hiver : l'on désignait le roi ou la reine du festin à l'aide d'une fève, noire ou blanche.

Symbole de vie

Signalons que la fève est d'abord un légume, dont la forme fait penser à un fœtus. Cela valut à la plante des jugements et destinées variés au cours de l'histoire. Pour les Égyptiens, par exemple, elle était un symbole de vie. Ainsi enterraient-ils parfois leurs morts dans des champs de fèves, espérant une réincarnation.

Galette ou brioche

Aujourd'hui, la galette des rois et sa fève représentent une tradition essentiellement française. La pâtisserie est faite de frangipane (crème d'amandes, beurre, œufs et sucre) mais au sud de la France, on opte encore pour la brioche à la fleur d'oranger, en forme de couronne, recouverte de morceaux de fruits rouges et de sucre. Bien sûr, on lui fourre aussi une fève.

La part du pauvre

La galette, ronde et dorée, symbolisant le soleil et la lumière retrouvée (l'hiver s'éloigne doucement), est également témoin de nos coutumes. Il était par exemple de tradition de la couper en autant de morceaux qu'il y avait de convives à table, plus « la part du pauvre ».

Pas de roi en République

La tradition a toujours été assez largement répandue, y compris à la table de Louis XIV. Le Roi Soleil avait toutefois fait interdire la fève, celle-ci consistant à désigner « la reine d'un jour qui pouvait demander un vœu au roi ». Chez le Président de la République, on respecte aussi annuellement cette tradition, mais l'ordre est donné au pâtissier de l’Élysée de ne placer aucune fève : pas question de désigner un roi... au cœur de la République !

60 millions de fèves

Les premières fèves en porcelaine sont apparus en 1874. On en fabrique aussi en plastique, en métal (une production abandonnée à cause des galettes réchauffées dans les fours à micro-ondes) et parfois même en or. La fève représente un marché important, bien que saisonnier : 4000 à 5000 nouvelles fèves sont imaginées chaque année et 60 millions sont produites.

Trois producteurs artisanaux

Peu de fèves sont fabriquées en France (autour de 1 à 2% du marché français), la plupart nous venant de Chine. En France, il ne resterait à ce jour que trois producteurs artisanaux : à Aubusson, dans la Creuse, à Clamecy (la plus ancienne fabrique de France), dans la Nièvre, et à Autreville, dans les Vosges.

Jusqu'à 2500 € pièce

La fève est aussi un énorme business pour les collectionneurs, qu'on appelle les « fabophiles ». Ils sont des milliers à rechercher les perles rares, dont certaines se négocient jusqu'à 2500€ la pièce. La plus grosse collection serait alsacienne, sa propriétaire en détient 152 000 ! Ce sont souvent les séries qui font l'objet de prospections (passionnées) des collectionneurs.

Anges, chats, acteurs de cinéma...

Les séries les plus traditionnelles reproduisent une symbolique religieuse, des anges par exemple. Mais on dégote aussi des séries sur les chats, les acteurs de cinéma, les santons, les animaux, les signes du zodiaque, les métiers, les tableaux de maître, sans oublier les centaines de séries de fèves aux objectifs publicitaires.

Johnny dans la frangipane

La série qui fait causer en 2019 a été imaginée par un boulanger-pâtissier de Limoges : une spéciale Johnny Hallyday (photo © Le Populaire du Centre / Stéphane Lefèvre) avec des reproductions miniatures de sa guitare, ses santiags, sa moto et la couverture de son disque... « J'ai oublié de vivre ».

V.H.

Partagez

+ d'articles...