La fabuleuse histoire du va-et-vient

Se déplacer, en mettant un pied devant l'autre, en chevauchant une bécane, en attrapant une calèche ou un vélo-lib, voilà une très grande histoire. Elle nous rappelle, si besoin était, que le cerveau humain est fantastique et a produit des centaines d'idées plus ou moins folles, pour aller d'un point à un autre.

Trottinettes électriques

La ministre des Transports, vendredi dernier, a indiqué qu'elle allait réglementer l'usage de la trottinette électrique, pour l'extraire des trottoirs et la coller sur la chaussée. Une décision appréciée des piétons et s'appuyant sur le constat que certains chauffeurs (chauffards) de trottinettes peuvent rouler jusqu'à 50 km/h (un piéton fait autour de 5 km/h). En fait, l'histoire de tous les engins de déplacement renvoie à une autre histoire, celle du partage des voiries. Sujet complexe, genre casse-tête.

Le bourgeois en auto, le prolo en tramway

Le problème se posa déjà à la fin du XIXe et début du XXe siècle quand apparaissent les tramways électriques (qui succèdent aux tramways hippomobiles). Ces nouveaux-nés de la route nécessitent des infrastructures qui bousculent l'automobiliste. Plusieurs historiens des modes de déplacement soulignent d'ailleurs que le problème n'était pas que technique, il était social. Le bourgeois roulait en auto, le prolo en tramway, et il fallait faire entendre raison au premier, lui demander qu'il se pousse un peu. Pas facile.

La guerre tram contre bus

C'est la raison pour laquelle le bus, sorte de grosse automobile (plus mobile et nécessitant peu d'infrastructures) va détrôner facilement le tram... qui revient depuis plusieurs années à la mode, pour des raisons liées à la protection de l'environnement. Le tram prend ainsi sa revanche sur le bus, dont on annonce parfois la fin de règne prochaine dans les villes.

Pas si vite !

Pas sûr que le bus rende les armes si vite, quand on sait que le premier bus 100% électrique n'a été lancé qu'il y a deux ans (par la RATP). De plus, de nombreuses villes développent le bus en sites propres (sur des voies spécialement dédiées et inutilisables par d'autres véhicules), sans oublier les recherches menées sur les bus autonomes. Voilà donc qui pourrait faire durer longtemps encore une histoire née en 1905, lorsque Paris inaugurait le premier autobus (qui est un omnibus à moteur).

Bus pour tous

C'est à Nantes, en 1825, que le premier omnibus, « déclinaison urbaine de la diligence » fit son entrée en scène. Il était tiré par des chevaux. Ce nom d'omnibus puise dans le latin « omnes », « tous »... bref, tout le monde dans le bus ! En 1860, plus de 500 omnibus sillonnaient la capitale, grâce à une cavalerie pacifique et urbaine composée de 6700 chevaux. Là aussi, on dégote quelques batailles sur l'occupation de la voirie. Le préfet de la Seine voyait d'un mauvais œil que trois chevaux de front tirent les embarcations et mettent le bazar dans les petites rues de Paris.

Métro, vélo, dodo

Sous les voitures, les chevaux, les bus, les piétons, les taxis, voici le métro. Sa première ligne parisienne est bâtie après 30 ans de débats souvent houleux, et baptisée en 1900. La France était en retard, Londres avait son métro depuis dix ans (même Budapest nous grillait la politesse). Remontons en surface pour ne pas oublier le vélo. Depuis 1890, il est omniprésent, avec toutefois des années creuses.

Gyroroues et gyropodes

À partir de la fin des années 50, la voiture-reine va ranger la bicyclette au rang des objets quasi ringards. Il faudra quelques écolos, dès les années 1970, pour le remettre au goût du jour. Le vélo (perso ou public, en libre service) désormais tapisse les voies urbaines, posant aussi ses problèmes : élaboration de pistes cyclables, cohabitation avec les autres moyens de transport, dont les scooters et les très récents gyroroues et gyropodes.

Ils reviennent au galop

On voit ici, sur quelques exemples seulement, que l'histoire du transport urbain est autant une histoire de renouvellement que d'invention. Tel outil de locomotion est abandonné puis revient comme le naturel, au galop, souvent modernisé ou avec d'autres options, d'autres fonctions. Même le cheval signe un retour pour l'heure discret, et pas seulement pour le côté sentimental d'une balade touristique en calèche. Certains débardeurs le réutilisent en forêt et quelques communes ont fait des chevaux... des employés municipaux (par exemple, pour le ramassage et le transport des déchets).

La France en train

Sur les sites touristiques, combien de voies ferrées et de trains, hier utilitaires (pour le transport de voyageurs ou de marchandises), sont remis en activité pour balader le touriste. Ces promenades permettent souvent de découvrir des paysages fantastiques et jusqu'alors inconnus. Le magazine Détours en France a établit un passionnant Top 15 des plus beaux trains à vapeur touristiques. C'est à lire, à voir, à suivre.

Comme les Scouts

Et nous n'avons même pas parlé du pied, le plus ancien, le plus sûr, le plus écolo, le moins cher, le moyen bruyant de tous les modes de transports. « La meilleure façon de marcher, c'est encore la nôtre, c'est de mettre un pied devant l'autre et de recommencer... »... Voilà qui redit l'essentiel et réveille des souvenirs chez les anciens Scouts !

V.H.

Photo © Le Parisien / Jean Nicholas Guillo

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