Notre tristesse

Notre symbole, une part de notre destin, notre mémoire, cette part de nous, ce pan de notre histoire, le cœur de la nation, un message universel, une part de l'histoire de l'Humanité, notre fierté... Des mots beaux, tendres, forts ont jailli toute la nuit dans les médias et sur les réseaux sociaux pour parler de Notre-Dame et dire notre tristesse devant ce spectacle désolant du feu qui dévore la cathédrale de Paris.

Bien plus qu'une cathédrale

Notre-Dame est le monument le plus visité d'Europe, l'un des 15 monuments les plus courus au monde. 14 à 15 millions de personnes s'y rendent chaque année (avec des pics de 50 000 visiteurs par jour), venus de toute la planète. Hier, c'est aussi de toute la planète que les messages de soutien et de compassion sont arrivés.

Partout dans le monde

De nombreux journaux étrangers font leur une ce matin sur ce drame, soulignant la notoriété mondiale de l'édifice : « L'enfer anéantit Notre-Dame », titre l'anglais The Guardian ; « Notre-Dame en flammes », écrit le journal suédois Dagens Nyheter, sur une photo de pleine page montrant la flèche qui s'effondre. L'épouse du président des États-Unis, Melania Trump, a déclaré avoir « le cœur brisé » tandis que la Première ministre norvégienne parlait « d'images déchirantes ».

Deux siècles de construction

En France, l'émotion est particulièrement vive. Groggy, blessés, parfois en larmes, les Français ont assisté en direct à la destruction d'une des plus belles expressions du génie français. Il avait fallu deux siècles (du XIIe au XIVe) pour voir Notre-Dame s'ériger et se parer de milliers d’œuvres architecturales et artistiques, modestes ou majestueuses, toutes fabuleuses : des vitraux aux statues, des portails aux bas-reliefs, des gargouilles au grand orgue (exceptionnel, composé de 8000 tuyaux), des reliquaires à la charpente, nommée « la forêt de Notre-Dame » parce qu'elle avait été bâtie intégralement en chêne (1300 chênes, représentant 21 hectares de forêt, avaient été utilisés pour sa construction).

Notre histoire

La vive émotion des Français souligne aussi la place que tient Notre-Dame dans notre histoire. Tous les grands moments (ou presque) de l'histoire de France, heureux ou malheureux, ont connu leur instant Notre-Dame de Paris. Tous les grands hommes (et femmes) que notre nation a compté ont eu affaire à cette grande dame. Saint-Louis vient y déposer la couronne du Christ en 1239, le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc s'y tient en 1456...

Saint-Louis, Jeanne d'Arc, Bonaparte, de Gaulle...

Napoléon Bonaparte y est sacré empereur en 1804, Charles de Gaulle y entre en 1944 pour assister à un Magnificat, après que les cloches aient sonné la Libération, les obsèques nationales de Foch, Joffre, Poincaré et tant d'autres sommités y sont célébrées... Sans oublier Victor Hugo qui l'a magnifiée comme personne, dans « Notre‑Dame de Paris ».

Hugo, magistral

Ce roman historique de Victor Hugo personnifiait Notre-Dame de façon magistrale. Ce chef d’œuvre a marqué l'histoire de la littérature française, et par ricochet, de la chanson, de la comédie musicale et du cinéma. Mais on oublie souvent que le roman de Hugo avait pour objectif d'alerter les pouvoirs publics et l'opinion et de sauver Notre-Dame : « Si belle qu'elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s'indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe Auguste qui en avait posé la dernière », écrivait Hugo en 1831.

Le génie français des bâtisseurs de cathédrales

Notre-Dame en feu bouleverse le monde car elle s'affiche aussi en reine des cathédrales de France, elle est l'un des porte-étendards du génie des bâtisseurs de cathédrales. Partout en France, elles drainent des foules considérables de touristes, d'amateurs d'architecture et d'histoire, de croyants bien sûr, mais aussi tout simplement de flâneurs venant quérir le silence, le repos, la réflexion, la fraîcheur et l'ombre...

À Amiens, Rouen, Strasbourg, Nice, Albi...

Parmi les 154 cathédrales françaises, les plus visitées sont celles d'Amiens (la plus grande), Rouen (la plus haute), Nice, « l'un des édifices orthodoxes les plus importants en dehors de Russie », Beauvais et son chœur le plus grand du monde, Albi, avec ses airs de forteresse, Strasbourg, la 2e cathédrale la plus visitée de France, Chartres, « l'une des mieux conservées », Metz et ses 6500 m² de vitraux, Reims et ses 2300 statues...

La foi en l'avenir

La France des cathédrales forme un périple exceptionnel, à faire en prenant le temps, en attendant que Notre-Dame renaisse. Parmi les millions de mots escortant la tragédie de l'incendie de Notre-Dame, peut-être faut-il retenir ceux-ci, d'un éditorialiste de Libération, gorgés d'espoir et de foi en l'avenir : « Le génie français a construit. Le génie français reconstruira ».

V.H.

Partagez

+ d'articles...