Parcours Georges-Clemenceau

Elle est passée un peu inaperçue mais 2018 est bel et bien, officiellement, « l'année Clemenceau ». Georges Clemenceau est né à Mouilleron-en-Pareds, à l'est de la Roche-sur-Yon. Pour ceux qui voudraient redécouvrir le personnage, voici un périple touristique principalement vendéen.

Le tigre, premier flic de France et rouge Vendéen

Plusieurs sobriquets lui ont collé à la peau, résumant sa personnalité et son parcours. « Le tigre », parce qu'il est féroce. « Premier flic de France » (la formule est de lui), lorsqu'il est nommé ministre de l'Intérieur. « Vendéen rouge », car anticlérical. On le nommait aussi « le Père la victoire », pour son rôle primordial à la fin de la Première Guerre mondiale.

L'indomptable petit vieillard, incarnation de la France

Winston Churchill, à son propos, était très élogieux, ce qui n'était pas dans les habitudes du « vieux lion » (surnom donné à Churchill) : « Dans la mesure où un simple mortel peut incarner un grand pays, Georges Clemenceau a été la France ». Quant à l'empereur allemand Guillaume II, il expliquait ainsi sa défaite en 1918 : « La cause principale de la défaite allemande ? Clemenceau ! Non, ce ne fut pas l'entrée en guerre de l'Amérique avec ses immenses renforts. Si nous avions eu un Clemenceau, nous n'aurions pas perdu la guerre ». Guillaume II parlait de Clemenceau comme de « l'indomptable petit vieillard ».

Instrument de la victoire

Il est vrai que l'entrée en scène de Georges Clemenceau en novembre 1917 change la donne. Il a 76 ans, il est nommé président du Conseil, il est doté d'une force morale qui impressionne, y compris ses adversaires, il est un guerrier, réorganise l'armée, étouffe tout ce qui dissone et rétablit la confiance, si essentielle dans les périodes de guerre. Il est le principal instrument de la victoire.

Un petit village, deux grands hommes !

Nous démarrons naturellement le parcours Clemenceau par la Vendée, à Mouilleron-en-Pareds, où il naît dans la maison de ses grands-parents, rue de la chapelle, en 1841. Cette maison natale est aujourd'hui un musée, baptisé... « Musée national Clemenceau-de-Lattre » ! Et pourquoi donc de Lattre ? Parce qu'aussi bizarre que cela puisse paraître, dans ce village de 1370 habitants, est né aussi le célèbre maréchal de France, Jean de Lattre de Tassigny.

À la Réorthe, château ou manoir ?

Clemenceau passe son enfance à 20 km de là, dans le château familial de l'Aubraie (qui n'est pas visitable aujourd'hui, il est habité par sa famille). Georges Clemenceau, républicain et défenseur de l'égalité, n'aimait pas beaucoup qu'on lui rappelle qu'il avait vécu une enfance de châtelain, peut-être est-ce la raison pour laquelle on entend parler parfois du « manoir », plutôt que du « château » de l'Aubraie !

L'histoire (pas banale) de la statue de Sainte-Hermine

À 8 km de la Réorthe, à Sainte-Hermine, se dresse une statue de Clemenceau entouré de « Poilus ». Elle fut érigée de son vivant. Il refusa d'être seul sur la sculpture (pour montrer qu'il n'avait pas gagné seul la guerre), décida de son lieu d'implantation et l'inaugura lui-même le 2 octobre 1921.

Rivaliser avec Napoléon

Cinq communes vendéennes avaient été candidates à l'accueil de cet ouvrage (dont Clemenceau avait aussi choisi le sculpteur, François Sicard, en écartant Auguste Rodin). Clemenceau jugeait certaines communes trop petites pour recevoir ce monument, et s'il avait refusé La Roche-sur-Yon, la raison était que « sa statue ne pourrait jamais rivaliser avec celle de Napoléon ». Il opta donc pour Saint-Hermine, parce qu'il y avait exercé en tant que médecin mais surtout parce que sa statue était visible, « elle se trouvait au croisement de deux grandes routes, celle de Nantes à La Rochelle et celle de La Roche-sur-Yon à Niort ».

Le surprenant château d'eau de Luçon

À 15 km au sud de Sainte-Hermine, il est intéressant de stopper à Luçon pour admirer un château d'eau à l'architecture surprenante. Il est surmonté d'un dôme en béton qui lui donne un faux air de cathédrale moderne. Sa construction fut décidée par Clemenceau, afin d'alimenter en eau potable une caserne proche. « Le réservoir était décoré de corniches en terre cuite, ses poteaux d'appui procèdent également des fioritures en céramique et de deux visages de lion en fonte sur la façade principale ». Après avoir été menacé de destruction en 1991, le bâtiment fut conservé et classé.

À Saint-Vincent-sur-Jard, avec Monet

Autre lieu « clemenciste » : Saint-Vincent-sur-Jard, entre les îles de Ré et de Noirmoutier. Après la guerre, le Tigre, désormais Académicien, se retire. Il voyage, écrit, se rend souvent en Vendée, notamment à Saint-Vincent-sur-Jard où il a acquis une maison en bord de mer : « ma cabane » comme il dit. C'est une maison de pêcheurs toute simple (aujourd'hui musée national) et dont le « jardin impressionniste » fut aménagé avec l'aide de son ami peintre Claude Monet (photo © Bernard Acloque - Centre des Monuments nationaux).

À Nantes et Mouchamps

Toujours dans les Pays de la Loire, vous pouvez faire un saut à Nantes, où Clemenceau fit son lycée et une partie de ses études de médecine. Si vous voulez voir sa tombe, il faut revenir en Vendée, à Mouchamps. Là, il fut inhumé en 1929 à côte de son père. Sa sépulture est d'une simplicité inattendue. C'est ce qu'il avait souhaité : « rien qu'une grille sans nom, comme pour mon père ».

En Seine-et-Marne, à Bombon

Je vous propose maintenant une remontée vers la Seine-et-Marne, au château de Bombon, où se trouvait le quartier général des Alliés à la fin de la Première Guerre mondiale. Foch était aux manettes. Foch que Clemenceau préférait à Pétain. De Pétain, il n'aimait pas le côté péteux. Le château de Bombon accueille aujourd'hui des visites touristiques.

Un nid de stars

Ce village de Bombon, outre les hauts gradés de l'armée et personnalités civiles des deux Guerres mondiales, a reçu de nombreux « people » : le président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphoüet-Boigny, fut propriétaire du château ; Lénine a passé ses vacances dans le village, en 1909, apprenant même à la fille de sa proprio à faire du vélo (« c'était un homme gentil », disait-elle) ; dans un autre genre sportif, le champion de tennis Henri Leconte a appris ici à taper dans la baballe.

À Paris, son appartement devenu musée

Bien sûr, Paris accueille de multiples lieux liés à Georges Clemenceau. Je vous en retiens deux : l'hôtel de Brienne, rue Saint-Dominique (dans le 7e) dont il occupait un bureau au premier étage lorsqu'il était ministre de la Guerre (bureau reconstitué) ; et son appartement près de la Tour Eiffel, rue Benjamin-Franklin (dans le 16e), « modeste appartement sur jardin » qu'il occupa de 1896 à sa mort (Clemenceau n'a jamais résidé dans les appartements officiels). Ce lieu est aujourd'hui un musée (tout est conservé en l'état et c'est très émouvant).

À Draguignan, la polémique Rodin

Georges Clemenceau fut aussi élu du Var, député et sénateur de Draguignan : très populaire lorsqu'il défendait les ouvriers de l'Arsenal, beaucoup moins quand il devient ministre de l'Intérieur et mate la révolte des vignerons. Son buste à Draguignan, inauguré en 1954, fit polémique. Il est l’œuvre d'Auguste Rodin, ce que n'aurait pas voulu Clemenceau, dixit son fils. C'est très probablement vrai, tant Clemenceau a toujours gardé un chien de sa chienne pour l'artiste : « il m'a toujours raté », disait Clemenceau.

Fauché, roulant en Rolls, aimant les femmes et les bons mots...

Il serait malpoli d'évoquer Clemenceau sans piper mot sur son verbe, magnifique, ses bons mots, son sens de la formule, parfois assassine. Médecin, patron de presse, écrivain, journaliste, ministre, académicien, homme à femme (mais n'aimant pas que la sienne batifole), bouddhiste, bretteur, roulant en Rolls (offerte par un admirateur), souvent fauché, collectionneur d'art, il était aussi un polémiste hors-pair, armé d'une culture et d'une maîtrise de la langue française exceptionnelles.

« Vous prendrez bien quelque chose ? »

« J'accuse ! » Ce fameux titre de l'article d'Emile Zola, dans L'Aurore, au moment de l'affaire Dreyfus, c'est Clemenceau qui le suggère. Il avait, de plus, un talent supérieur dans la répartie, dont tout le monde se méfiait et qui flingua quelques carrières. Un jour, le président du Conseil Ferdinand Sarrien le convie chez lui. Sarrien, poli : « vous prendrez bien quelque chose ? » Clemenceau, poli aussi : « l'Intérieur ! ». Il fut nommé presque sur le champ... ministre de l'Intérieur. L'histoire ne dit pas s'il demanda ensuite un café ou un whisky...

V.H.

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