Tourisme excessif ou responsable ?

Les villes et les grands sites touristiques seront-ils demain dotés de péage pour se financer mais aussi pour limiter les pollutions et les populations de voyageurs ? Cette idée chemine, parmi d'autres, pour lutter contre l'over-tourisme (« tourisme excessif »).

Lutter contre la pollution

Le sujet est revenu sur le tapis il y a quelques jours en France, avec la publication de l'avant-projet de loi d'orientation des mobilités (LOM). Une des idées contenues dans ce texte porte sur l'instauration de péages pour entrer dans les villes de plus de 100 000 habitants. Le tarif, dit « de congestion », serait plafonné à 2,50€ et a pour objectif de « limiter la circulation automobile et de lutter contre la pollution ».

À Londres, depuis 2003

Faire payer l'entrée, pour protéger certains sites surpeuplés, n'est pas une nouveauté. Londres pratique ainsi depuis 15 ans. Il coûte à chaque automobiliste, par jour, la somme de 8 livres sterling (9€) pour entrer en voiture dans la capitale d'Angleterre.

Plus de 200 sites en péril

Le problème ne s'arrête pas à la voiture. La plupart des pays sur la planète sont aujourd'hui confrontés à la dégradation de sites classés. Les causes sont multiples : réchauffement climatique, braconnage, pêche illégale, exploitations forestières, activités industrielles, surfréquentation de vacanciers (même à pied). Selon WWF, plus de 200 sites classés au Patrimoine mondial de l'UNESCO sont « en péril ».

Les Vénitiens sont à bout

L'un des sites les plus emblématiques du tourisme mondial est Venise. Ses chiffres de fréquentation donnent le tournis : 30 millions de touristes par an... pour une ville de 50 000 habitants. Dans les années 70, la Cité des Doges en comptait le double mais « les Vénitiens sont à bout », rapporte un journaliste de France Culture, et 1000 d'entre eux quittent chaque année Venise. La ville italienne pourrait détenir le record, dans un futur pas si lointain, de la « première ville au monde tuée par le tourisme de masse ».

Paquebots mis à l'écart

Parmi les solutions envisagées – certaines sont déjà concrétisées – on compte la mise à l'écart des paquebots (photo © Reuters). Ils accosteront plus loin à partir de 2019. Au cœur de la cité, ils génèrent des remous préjudiciables à l'architecture de cette ville si fragile. « Des portiques pour contenir le flux des touristes » ont par ailleurs été testés, les Vénitiens pointant souvent les incivilités de leurs visiteurs.

Mont-Blanc limité

Le Mont-Blanc, 3e site naturel le plus visité dans le monde, est confronté à des problèmes similaires. À partir de l'an prochain, l'accès au site sera limité à 214 alpinistes par jour. Non loin de là, dans la vallée de l'Arve (Haute-Savoie), on dénonce des routes saturées et une urbanisation galopante qui aboutissent à un constat à peine croyable : « Les pics de pollution sont ici plus récurrents et plus graves qu'en région parisienne ».

Quand le bizarre s'invite...

Paradoxe ou fin d'époque ? Alors que, depuis les années 60, beaucoup de villes et régions ont misé (et largement investi) sur l'attractivité touristique, on voit apparaître des manifestations anti-touristes (un épiphénomène, n'exagérons rien!). Et comme souvent, les excès s'invitent dans la foule, avec par exemple ces bizarres stickers « Parisien, dégage ! T'as Paris Plage », trouvés sur des poteaux à Biarritz. Voilà qui révèle une sorte d'amnésie, car les Parisiens ont contribué au développement de certaines régions, par leur apport touristique. Pour autant, cela révèle aussi l'exaspération des populations locales, confrontées à des problèmes de bruit et de pollution.

Un autre tourisme

L'apparition de ce phénomène ne doit pas masquer la volonté de la plupart des villes et régions françaises voulant accueillir de plus en plus de vacanciers (pour certaines régions, c'est même une question vitale). Mais les militants du « tourisme autrement » se font davantage entendre et les touristes eux-mêmes sont aujourd'hui plus attentifs à leurs problématiques.

Quelles solutions ?

Même si la France est moins frappée que d'autres pays par ce phénomène d'over-tourisme, les collectivités réagissent et innovent. Aux Baux de Provence, par exemple, « on étale la saison le plus longtemps possible, en développant des animations en dehors de l'été ». Et ça marche ! La concentration sur juillet et août est limitée, se félicite la Chargée de l'événementiel à l'Office de tourisme : « on a des visiteurs de Pâques jusqu'à la Toussaint ».

Régulation des plates-formes

Citons également, dans le registre du désengorgement des routes, le développement du covoiturage, ou les parkings construits à l'écart des centres de communes touristiques. Plusieurs villes travaillent par ailleurs sur la régulation des plates-formes de locations d'appartements, de type Airbnb, qui transforment les villes en gigantesques hôtels, aboutissant à une surproduction de visiteurs.

Et revoici les péages

Au chapitre des solutions, il est probable qu'on assiste aussi à une multiplication des péages à l'entrée de certains sites touristiques (gérés par les collectivités locales ou l’État). L'objectif n'est pas principalement de limiter l'accès mais de participer au financement (rénovation, entretien, fonctionnement) de ces sites. C'est ce qui a motivé la proposition de Stéphane Bern de faire payer l'entrée des cathédrales en France. « Une ville comme Paris n'a plus les moyens d'entretenir son patrimoine religieux. À Londres, l'entrée à l'abbaye de Westminster est fixée à 24 euros », argue l'animateur télé.

L'exemple de l'Islande

Si les solutions sont multiples (soyons positifs !), sans doute naissent-elles d'abord dans une prise de conscience : chacune, chacun de nous détient une part de la solution. Respecter les villages, les vallées, les régions où l'on est en vacances, et les gens qui y habitent toute l'année, voilà la base de la base ! L'Islande mise ainsi sur l'éducation « pour préserver l'esprit vacances ». À chacun de ses visiteurs, elle fait signer, en amont et en ligne, un « Icelandic Pledge » (un serment islandais) pour qu'il s'engage « à respecter la nature lors de son séjour sur l'île ».

Le serment Cap France

Cap France est dans cet état d'esprit, misant sur l'intelligence et la responsabilité de chacun. Très tôt, Cap France a développé un concept de « vacances responsables », notamment avec son label Chouette Nature. Ses villages vacances et hôtels clubs ont mis au cœur de leur démarche la protection de l'environnement, la lutte contre les gâchis alimentaires ou énergétiques, la consommation made in local, le soutien aux producteurs et associations du territoire. De fait, Cap France a encouragé ses clients à en faire de même, lesquels clients sont parfois producteurs d'idées neuves pour les villages vacances et hôtels clubs.

V.H.

Partagez

+ d'articles...